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Face à Michel Onfray, Eric Zemmour rêve de «rassembler 70% de Français»

L’essayiste, qui ne cache pas son intérêt pour la présidentielle, a participé à un débat à Paris avec le philosophe Michel Onfray devant 3.700 personnes.

Ils seront tombés d’accord sur leurs désaccords. Ce lundi soir, était organisé par la revue Front populaire,un débat entre son fondateur, le philosophe Michel Onfray, et l’essayiste en proie à quelques tentations présidentielles, Eric Zemmour. Les deux se connaissent bien pour avoir déjà croisé intellectuellement le fer. Mais jamais en tel lieu, ni devant tel public. 3.700 personnes ont déboursé entre 24 et 44 euros pour avoir leur place au palais des congrès de la porte Maillot à Paris et assister à la joute. «La dernière fois que le palais était à ce point plein, me confiait le directeur des lieux, c’était pour les adieux de Charles Aznavour», lance en guise d’introduction l’animateur des débats, le producteur Stéphane Simon. Avant de rappeler que le compositeur de La bohème a, lui, changé de nom… Il n’en fallait pas davantage pour que la salle, une majorité de CSP+ parsemée d’étudiants en prépa littéraire et école de commerce, applaudisse à tout rompre. «Ce n’est pas un meeting politique ce soir. Respectez le débat», se font-ils rabrouer. Sans empêcher un concert de «Zemmour président» de fuser dès l’apparition sur scène de l’auteur du Suicide français (2014, Albin Michel).

Hormis les qualités intellectuelles que l’un reconnaît à l’autre, Eric Zemmour et Michel Onfray tomberont d’accord sur un principal constat : la civilisation occidentale est en déclin au point de se voir menacée de mort imminente. Tant sur les causes que sur les solutions à apporter, leurs vues auront divergé deux heures durant. Jusque sur la nature même du péril qui nous guetterait : «C’est la détestation de soi. Nous sommes morts du fait de ne pas nous aimer», soutient le philosophe pour expliquer «l’effondrement de la civilisation judéo-chrétienne et l’avènement d’une civilisation transhumaniste qui va conduire vers un inhumanisme.» La menace ne provient pas tant du président de Tesla, Elon Musk, pour Eric Zemmour que du Grand mufti : «On peut dire comme Michel “on croit plus en nous“, mais ça ne suffit pas à expliquer ce qui nous arrive. Il y a un conflit entre l’Orient et l’Occident depuis 1000 ans. L’Orient a trouvé son champion : l’Islam […] L’inconscient collectif des musulmans est de coloniser l’Occident.»

Après quelques escarmouches sur la décentralisation et de Gaulle, c’est finalement sur l’opportunité de quitter l’Union européenne que les deux rhéteurs montrent leur discordance : Zemmour est contre, Onfray est pour. «Je le dis à certains qui souhaiteraient devenir président de la République», entame tout sourire le philosophe avant de démontrer la perte qu’induit l’Union européenne en terme de souveraineté. L’essayiste ne réfute pas. Mais avance un argument de toute autre nature : «Nous pouvons rassembler 70% des gens avec les idées que je porte sur l’identité, l’immigration. Mais sur l’Europe, on coupe […] Il y a tellement de choses à faire que je ne veux pas diviser les électeurs en deux…» Un rappel en forme d’aveu, que les deux débatteurs ne sont pas tout à fait assujettis aux mêmes injonctions.

Si Michel Onfray a définitivement balayé tout horizon présidentiel, chaque jour qui passe semble un peu plus rapprocher Eric Zemmour d’une déclaration de candidature pour 2022. Quels que soient leurs desseins, l’un et l’autre tomberont d’accord sur le succès d’une soirée politique qui a réuni, plus de deux heures durant, plus de personnes que n’en compte l’écrasante majorité des meetings. Présidentiels compris.

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