mercredi, août 10, 2022
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Foire aux vins 2021 : les tendances

Les temps changent… Longtemps calées sur la rentrée des classes, les grand-messes bachiques de la grande distribution ouvriront leurs portes plus tard cette année. Sans doute la conséquence des mauvais résultats de l’année dernière. Avec un chiffre d’affaires de 904 millions d’euros réalisé entre le 24 août et le 11 octobre, l’édition 2020 affichait un recul de 1,9 % en volume*, et de 1,3 % en valeur. La faute à la crise sanitaire ? Pas seulement, puisque cette baisse est moins importante qu’en 2019 (- 9,4 %), marquée, elle, par la morosité ambiante. En cause, plus sûrement, la météo de la première quinzaine de septembre, dont la clémence aura convaincu les consommateurs de préférer les rayons du soleil à ceux des hypers. Ceux-ci, qui inauguraient dès la rentrée leurs foires aux vins, se retrouvent les plus touchés (- 6 %), quand les supermarchés et les magasins de proximité, où l’événement débuta plus tard, se révèlent en légère progression (+ 0,1 % et + 0,9 %). Un contraste dont Audrey Sonnendrecker, directrice vins et champagne du groupe, Carrefour tire la leçon : « Cette fois, notre calendrier est plus en phase avec la saison. Nos foires s’installeront en même temps que l’automne. » 

Vague verte et cave à reconstituer

C’est que l’enjeu est de taille pour les enseignes, qui engrangent une partie non négligeable de leur chiffre d’affaires annuel vins et spiritueux durant cette période. Et tous de rêver voir le consommateur profiter de la manifestation pour reconstituer sa cave, largement mise à contribution durant les épisodes de confinement. Quitte à l’aider en jouant la baisse des prix, comme E.Leclerc, qui annonce un prix moyen de 1 euro inférieur à 2020. Et, surtout, en diversifiant l’offre, notamment du côté des vins bio, bourguignons ou anticonformistes.  

La vague verte qui déferle sur les linéaires depuis 2018 (5,8 % des ventes l’année dernière) s’amplifie et constitue l’un des axes majeurs de la communication. La production de la viticulture vertueuse ne cessant d’augmenter en France, les principaux metteurs en marché – coopératives et gros négoce – se sont engouffrés dans la brèche et disposent désormais de quilles bio dans des quantités qui parlent à la grande distribution. Tandis que l’e-commerce, moins sous la contrainte des volumes, permet aux petits vignerons férus de biodynamie et adeptes des vins naturels de diffuser leur talent. 

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Concurrence avec les cavistes en ligne comme Veepee, Wineandco, Chateaunet ou IDealwine oblige, la plupart des enseignes ont développé leur propre site Internet, sur lequel elles concentrent leur catalogue haut de gamme. Un bon moyen de présenter l’éventail de leurs propositions nationales et régionales, mais aussi d’attirer une clientèle de jeunes actifs, rompus à l’achat en ligne, et de collecter des informations utiles sur les profils et les habitudes de consommation. Autre avantage pour ces enseignes qui maillent le territoire, le « click & collect » et, surtout, le « drive ». Ces systèmes leur évitent des livraisons onéreuses et permettent aux clients ayant effectué leurs achats en ligne de venir retirer caisses ou bouteilles dans le magasin le plus proche. L’amateur averti n’hésitera pas à consulter au plus vite le site jereservemafoireauxvins.carrefour.fr ou « les exclusivités Web » d’E.Leclerc pour profiter de belles opportunités. De même, Intermarche.com garanti la livraison sous trois jours des références de son « offre prestige » (25 crus classés ou assimilés). Affirmation de Cdiscount (« pure player » du groupe Casino) : zéro casse en 24 heures ! Rassurant pour ceux qui s’offriront une belle bouteille de bourgogne.  

Les vins de Bourgogne en haut de l’affiche

Un plaisir jusqu’à maintenant pas si courant durant les foires. Et c’est là l’une des grandes nouveautés de cette édition 2021 : arrivés sur la pointe du bouchon, ces dernières années, les crus bourguignons de pinot noir et de chardonnay tiennent aujourd’hui toute leur place dans les catalogues, comme le tableau ci-dessous en donne un aperçu. Les appellations régionales, ainsi que celles de la Côte chalonnaise et du Mâconnais, mieux à même de livrer des volumes conséquents à prix doux, trônent plutôt sur les rayons des enseignes nationales, qui revendiquent néanmoins quelques perles de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits. 

A l’image du partenariat noué entre Casino et le mythique Domaine des Hospices de Beaune : « Nous sommes très fiers d’avoir acheté des pièces de la plus célèbre vente de charité au monde, se réjouit Arnaud Mateos, directeur des achats vins du géant stéphanois, et d’être la première enseigne de la grande distribution à proposer ces cuvées d’exception. » Soit neuf nectars (six rouges et trois blancs) du millésime 2019 (de 71,50 à 104,95 €), que les amateurs s’arracheront. Deux autres gloires des Hospices sont également à l’honneur : le pommard cuvée Suzanne Chaudron 2018 (69,90 €), que Carrefour présente sur son site exclusivement, et le beaune premier cru cuvée Hugues et Louis Bétault 2018 (64 €) chez l’excellent caviste en ligne IDealwine. Toujours sur le Web, Millésimes sort de sa cave l’exceptionnel beaune premier cru Joseph Drouhin Clos des Mouches 2018 (90 €). Magique ! 

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Dans le même temps, Bordeaux voit sa suprématie décliner. Historiquement, ses crus classés assuraient la réussite des foires aux vins, à la joie des connaisseurs qui remplissaient leur cave d’étiquettes prestigieuses du Médoc et de Saint-Emilion sans se ruiner. Las ! Depuis une quinzaine d’années, les prix vertigineux de nombreux élus du classement de 1855 les tiennent éloignés des linéaires. Seuls les sites spécialisés – souvent issus du négoce bordelais – les maintiennent en force au catalogue. Signe des temps, dans les hypers, ce sont les petits bordeaux bio de l’Entre-deux-Mers et du Nord-Gironde qui portent aujourd’hui l’étendard de la région. Avec beaucoup d’heureuses surprises. Comme sans doute le meilleur rapport qualité-prix de cette édition 2021 : le Château de Saillans, un bordeaux en conversion bio à 2,85 euros chez Intermarché ! Une trouvaille du meilleur dégustateur du monde 2020, François Breteau, qui prodigue ses conseils à l’enseigne. De son côté, Carrefour en pince cette fois pour les crus bourgeois, classés supérieurs (7) ou exceptionnels (7), tels les Châteaux Cambon la Pelouse (14,95 €) ou Doyac (11,90 €). 

Place à l’expérimentation

Côté bulles, en revanche, guère d’effervescence, hormis chez les cavistes en ligne. Mais l’offre y reste trop conventionnelle. On signalera toutefois quelques champagnes de vignerons de haute volée chez les Passionnés du vin, ainsi que les jolies productions bio de Vincent Couche (Naturalia et Biocoop). 

Autre nouvelle tendance, l’émergence des « vins de France », qui traduisent la volonté de nombreux vignerons « libres-penseurs de s’extirper du carcan des cahiers des charges des appellations d’origine contrôlée. Prônant un droit à l’expérimentation, ces rebelles jonglent avec les cépages, les contenants iconoclastes pour vinifier et élever leurs vins… Le résultat est souvent hautement qualitatif, et ne manque pas de conquérir aussi bien les palais exigeants qu’une clientèle jeune moins avertie, mais assoiffée de vins modernes et décalés. « Ils ne se vendent pas tout seuls, rappelle Cyril Mondon, responsable de la commission nationale vins & effervescents d’E.Leclerc, qui en présente une sélection pointue. Nos foires aux vins permettent de les faire (re)connaître, de les mettre en valeur. » Cavistes, grande distribution : même combat ! Décidément, les temps changent…  

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* Source : Nielsen ScanTrack 

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