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la fin de l’ère Merkel laisse déjà un grand vide

Sur le papier, elle devrait remporter l’élection fédérale du 26 septembre. Une fois encore. À 67 ans, après quatre mandats consécutifs, Angela Merkel reste la mieux placée dans le cœur des Allemands, à en croire les sondages. Une enquête publiée début août la place encore à 66 % d’opinions positives, loin, très loin devant le poulain de son parti, Armin Laschet (24 %), la candidate des Verts Annalena Baerbock (27 %) ou même le challenger social-démocrate Olaf Scholz (48 %). Mais voilà, cette fois-ci, Angela Merkel n’est pas candidate.

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Exit le « bonus Merkel »

La chancelière a beau être sortie de sa réserve pour soutenir la campagne d’Armin Laschet, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) ne peut plus compter sur le « bonus Merkel » qui gonflait les résultats des conservateurs dans de nombreux Länder. C’est sans doute dans le Nord-Est, dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, que la perte est la plus sèche. Si rien ne bouge, la CDU arriverait dix points derrière les sociaux-démocrates du SPD, avec 19 % des voix, contre 33 % aux élections de 2017.

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« Angela Merkel avait la bonne boussole », a admis le Bavarois Markus Söder, leader de la CSU – « parti frère » de la CDU –, qui ne l’avait pourtant pas épargnée sur sa politique migratoire. Lui-même a longtemps ambitionné de devenir le candidat des conservateurs pour ces élections.

Les chrétiens-démocrates ne sont pas les seuls à admettre un brin de nostalgie. Le chef du gouvernement vert du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann, le reconnaît également : « La chancelière Angela Merkel va nous manquer. J’en suis convaincu », a-t-il écrit dans une tribune accordée à Die Zeit, même s’il reste critique de ses arbitrages sur les questions climatiques. « Nous parlerons de la période 2005-2021 comme d’une ère comparable aux chancelleries de Konrad Adenauer et d’Helmut Kohl », a considéré ce membre fondateur des Grünen, que l’on classe parfois à droite.

Prime à la dignité

D’autres regretteront le style sobre et sans vague. « Vous me connaissez » (« Sie kennen mich »), avait-elle lancé en guise de programme pour se faire élire en 2013. À l’inverse, les candidats de 2021 paient pour leur conduite. Armin Laschet ne se remet pas des images le montrant hilare, derrière le président Frank-Walter Steinmeier, lors d’une visite aux victimes des inondations meurtrières de juillet. Lui comme Annalena Baerbock ont été accusés de plagiat pour leur livre de campagne. La candidate écologiste a en outre été contrainte de s’excuser pour ne pas avoir déclaré des primes versées par son parti. Olaf Scholz, qui jusque-là ne s’est pas fait remarquer, en profite.

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En se montrant pour la première fois aux côtés d’Armin Laschet, le 21 août, lors du meeting de Berlin, Angela Merkel a voulu le parer d’atours que l’on reconnaissait volontiers chez elle. « Il a toujours été important pour lui de placer la dignité inaliénable des personnes au centre de tout », a-t-elle déclaré. Elle s’est dite « profondément convaincue » que « c’est avec cette attitude qu’il servira les Allemands en tant que chancelier ». Sans effet pour le moment.

Un repère européen

Il n’y a pas que sur la scène politique nationale que la chancelière sortante laisse un grand vide. Critiquée pour les questions qu’elle laisse en suspens en Afghanistan ou en Europe orientale, après une ultime visite au Kremlin et en Ukraine, Angela Merkel n’en reste pas moins un cas unique dans l’Union européenne pour sa longévité au pouvoir.

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Cette stabilité-là manquera aussi aux 27. Cela se ressent largement dans une enquête d’opinion YouGov menée dans sept États membres. Les Français sont 67 % à s’exprimer positivement sur ses seize années comme chancelière, devant les Suédois (64 %) mais derrière les Espagnols (78 %) ou les Danois (75 %). Au final, les moins convaincus sont les Britanniques (46 %). À rebours des convictions d’Angela Merkel, ces derniers jouent à présent leur intérêt et leur avenir hors de l’UE.

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