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Comme Laurent Wauquiez, quelles autres personnalités ont renoncé à se lancer dans la course à l’Élysée ?

Ces dernières années, plusieurs présidentiables ne se sont pas présentés sur la ligne de départ.

Ils n’ont pas été au bout de leurs ambitions. Avec son lot de rapports de force et de rebondissements, chaque présidentielle voit plusieurs de ses candidats putatifs – pas encore déclarés la plupart du temps – jeter l’éponge pour diverses raisons. Dernier en date, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez qui annonce sa non-participation à la primaire de la droite pour ne pas ajouter «de la division à la division». Depuis 30 ans, les cas se sont multipliés: de Jacques Delors en 1994 à François Hollande en 2016, en passant par Jean-Louis Borloo en 2011, les refus de participer à l’élection suprême sont à chaque fois uniques en leur genre. Les secousses d’une telle décision varient bien évidemment selon le contexte et le poids des personnalités sur l’échiquier politique. Tour d’horizon.

En fin d’année, l’attente était forte à gauche. Le président de la République d’alors, François Mitterrand, a annoncé quelques mois plus tôt qu’il ne se représenterait pas. Le Parti socialiste lui cherche un successeur dans la course à l’Élysée. À cinq mois de l’élection présidentielle, en ce début du mois de décembre, tous les regards se portent sur le président de la Commission européenne Jacques Delors, qui doit quitter son poste à Bruxelles en janvier 1995. Un sondage TNS-Sofres lui laisse même entrevoir la victoire: 61% pour lui, 39% pour Jacques Chirac.

Mais quelques jours plus tard, lors de la célèbre émission «7 sur 7» le 11 décembre, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances abandonne la course à l’Élysée. «Je ne souhaite pas être candidat à la présidentielle. Ce ne fut pas une décision facile à prendre (…). Je vais atteindre 70 ans», explique Jacques Delors. Et déplore «l’absence de majorité pour conduire» sa politique ne permettrait pas de «mettre en œuvre» ses solutions. «Je serai sans doute critiqué pour ce comportement inhabituel dans la vie politique française», a-t-il conclu. Quelques années plus tard, en 2016, Jacques Delors reviendra sur cet épisode dans un livre L’homme qui ne voulait pas être roi : «C’était franchement renoncer à la politique (…). c’est renoncer de faire quelque chose d’utile.»

  • Valéry Giscard D’Estaing – 1995

Deux septennats après sa défaite en 1981, l’ancien président centriste hésite à y aller. Le deuxième échec de Jacques Chirac en 1988 l’amène à tenter de prendre la tête de l’opposition. Avec l’arrivée d’Édouard Balladur à Matignon dès 1993, Valéry Giscard d’Estaing se voit concurrencer sur son socle électoral de centre droit, entre les anciens UDF et RPR. Jusqu’à fin 1994, l’ancien chef de l’État, testé dans les enquêtes d’opinion, oscille entre 5 et 10% des voix. Ce qui l’oblige à renoncer à se présenter le 7 mars 1995 sur TF1. S’il affirme «aimer les campagnes électorales, leur bruissement, les milliers d’occasions de rencontres, l’enthousiasme qui vous soulève quand commence à grandir l’espoir de gagner», il explique que «les thèmes auxquels (il) croi(t) ne rencontrent pas d’échos dans l’opinion publique française.»

À l’été 2010, le monde politique bruisse d’un prochain remaniement. Pour remplacer François Fillon, un nom circule: Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie. Malgré des tractations pendant plusieurs semaines, Matignon ne change finalement pas de locataire en novembre 2010. Celui qui est à l’époque président du Parti radical quitte le gouvernement. Et tente de construire tout au long de l’année 2011 un regroupement de partis centristes, qui pourrait l’amener à une candidature à l’élection présidentielle. Mais le manque de soutien au sein des centristes sarkozystes et le peu d’espace politique dont il dispose l’amènent à ne pas se lancer début octobre. «Les temps sont suffisamment troublés pour ne pas ajouter de la confusion à la confusion», déclare-t-il sur TF1. La force du centre n’est «pas suffisante pour porter une candidature, non pas de témoignage, mais pour être présente au second tour de la présidentielle.»

Quelques mois après avoir refusé d’entrer le gouvernement de François Hollande, l’entourage du célèbre animateur télé laisse entendre qu’il pourrait se présenter à la prochaine élection présidentielle. Mais Nicolas Hulot se fait attendre: en ce printemps 2016, il reste toujours marqué par son échec à la primaire des Verts en 2011 face à Eva Joly, et scrute avec attention le paysage politique animé par une gauche fracturée et une droite qui organise sa primaire à l’automne 2016. De son côté, EELV prépare aussi une bataille interne: Cécile Duflot fait pression pour que Nicolas Hulot se décide.

Début juillet, celui-ci annonce qu’il ne sera pas candidat. «Conscient de l’attente et de l’espoir que certains ont placés en moi, je ne pouvais écarter d’un revers de main cette hypothèse», déclare Nicolas Hulot. Et ajoute qu’il ne souhaite pas «nourrir plus longtemps une attente qu'(il) ne pourrait satisfaire.» Critiquant «l’absence de réponse politique», l’écologiste fera ses premiers pas gouvernementaux auprès d’Emmanuel Macron en 2017.

  • François Hollande – 2016

C’est probablement le cas le plus retissant de ces dernières années. Voire de la Ve République. Marqué par une impopularité record, une majorité fracturée et l’hypothèse de plus en plus grande d’être éliminé dès le premier tour de la présidentielle, François Hollande se retrouve au pied du mur à l’été 2016. Si peu dans la classe politique doutent de sa volonté de se lancer dans la course, certains commencent à émettre des hypothèses. Une primaire à gauche semble se dessiner: un président en exercice se soumettra-t-il à un tel exercice politique? Trois événements vont accélérer les choses.

D’abord, la sortie du livre Un président ne devrait pas dire ça, en octobre 2016, ouvrage d’entretiens dans lequel François Hollande critique la classe politique à tout-va et prend des positions controversées sur l’islam ou la justice. Un livre aux fortes retombées, surtout dans la majorité présidentielle, et qui désacralise une nouvelle fois l’image du président de la République. Ensuite, il y a la poussée d’Emmanuel Macron qui structure son jeune parti, En Marche, tout en préparant sa propre candidature à l’élection présidentielle. François Hollande refuse de croire à la trahison de son ancien conseiller. Et pourtant, en novembre 2016, l’ancien ministre de l’Économie se lance. Enfin, dernière étape incarnée par Manuel Valls. Le premier ministre d’alors accélère fin novembre dans le JDD, affirmant qu’il est prêt à se présenter si François Hollande n’y allait pas.

Le 1er décembre 2016, le président de la République annonce sa décision: «Je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement (…). Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle, au renouvellement donc de mon mandat.»

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