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pour Aurélien Pradié, la chute de Kaboul était «déjà écrite depuis plusieurs mois»

Président du groupe d’amitié France Afghanistan à l’Assemblée, le secrétaire général des Républicains rappelle que le fils du commandant Massoud avait alerté la France il y a «plus d’un an».

La tragédie afghane n’a pas échappé à l’attention du député Aurélien Pradié, président du groupe d’amitié France Afghanistan à l’Assemblée, depuis 2017. Pour le parlementaire membre des Républicains, la reprise de Kaboul par les talibans n’a pas été une surprise. « Je me demande d’ailleurs si plusieurs observateurs de la communauté internationale font semblant d’être surpris ou le sont réellement car la réalité est que le fils du commandant Massoud nous alertait déjà, il y a plus d’un an, sur l’ancrage et l’avancée rapide des talibans. Personne ne pouvait imaginer que Kaboul pourrait résister très longtemps, à moins d’être naïf ou hypocrite. La chute de Kaboul était écrite depuis plusieurs jours », assure le secrétaire général des Républicains.

L’enjeu des «valeurs»

Si le député du Lot estime que ces événements peuvent poser question sur l’état du renseignement américain comme sur celui de la France, il croit surtout que l’Afghanistan a été «abandonné» par la communauté internationale. Pour lui, non seulement l’enjeu géopolitique de cette crise reste «essentiel» mais la France s’est beaucoup impliquée sur ce territoire. « La solution de facilité consisterait à dire que ce n’est plus notre affaire mais on y a laissé tellement, à la fois militairement, humainement et financièrement», juge-t-il, avant de considérer que l’Afghanistan n’a jamais été «autant» l’affaire de la France qu’aujourd’hui. Et ce, pour deux raisons: «D’abord, il est question de défendre des valeurs car on ne peut pas être complètement la France si l’on abandonne la défense des libertés face au pire obscurantisme. Cela se joue aussi au-delà de nos frontières. Ensuite, abandonner ce pays aujourd’hui serait prendre le risque absolument sérieux de laisser un État tout entier tourné vers l’obscurantisme et le terrorisme. Les talibans ont peut-être la barbe un peu plus soignée et un discours diplomatique plus intelligent mais sur le fond, ils restent exactement les mêmes», estime-t-il.

L’élu LR se dit convaincu que ce nouveau pouvoir laissera des terroristes se former librement sur le territoire afghan. «Prêts à attaquer l’Occident et la France le moment venu», met-il encore en garde, inquiet face aux nouveaux moyens dont dispose aujourd’hui le nouveau pouvoir. Pradié craint les conséquences de la libération des terroristes détenus jusqu’alors dans les prisons afghanes.

«Trois catégories de réfugiés»

En France, si la question des réfugiés afghans et de leur accueil divise la classe politique, Aurélien Pradié invite chacun à aborder cette question avec un «minimum de sérieux politique». Pour lui, il est nécessaire de classer les réfugiés en trois catégories. La première rassemble ceux qui ont travaillé directement avec la France (traducteurs, chauffeurs, cuisiniers…) et auxquels notre pays doit assurer rapidement protection et sécurité en leur assurant un droit d’asile.

La deuxième catégorie regroupe tous les acteurs locaux de la liberté en Afghanistan reconnus par les autorités françaises (acteurs associatifs, culturels, économiques…) dont certains souhaitent poursuivre le combat sur place. Et si parmi eux, d’autres sont demandeurs du droit d’asile parce qu’ils sont en «danger de mort», la France doit leur accorder. Aurélien Pradié évalue ce groupe à «quelques milliers de personnes». Enfin, la troisième catégorie concerne l’ensemble des Afghans tentés par l’exil dont le flux potentiel suscite l’inquiétude en Europe où de nombreux politiques redoutent une «vague migratoire». Aurélien Pradié ne croit pas à ce scénario catastrophe mais il espère une solution internationale tout en estimant que les personnes ne relevant pas du droit d’asile «ne peuvent pas être accueillies».

Soutenir la résistance

Face à l’urgence, le président du groupe d’amitié France Afghanistan estime que la France devrait se concentrer sur la protection des Afghans dans la cadre du droit d’asile. «Malgré les déclarations du président de la République, on n’y est pas encore», regrette-t-il. «Nous devons dire aussi dès à présent que jamais, la nation française ne reconnaîtra une légitimité à un État taliban. La main tendue du ministre des Affaires étrangères français est une honte absolue», accuse le député en «pesant» ses «mots» à l’égard de Jean-Yves Le Drian.

« On ne négocie pas avec des obscurantistes et des terroristes comme les talibans », insiste-t-il. Enfin, Aurélien Pradié attend surtout un «soutien organisé et affirmé à la résistance afghane», c’est-à-dire des moyens matériels et financiers accordés à Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud assassiné en 2001. «À la différence du président Afghan Ashraf Ghani, lui n’a pas fui le pays», conclut le député du Lot.

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