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La gauche s’insurge des propos d’Emmanuel Macron sur les flux migratoires

Au lendemain de la prise de parole du chef de l’État sur la situation chaotique en Afghanistan, de nombreuses personnalités politiques de gauche ont fait savoir leur indignation quant aux propos tenus par le président.

Face à la situation chaotique en Afghanistan, Emmanuel Macron a pris la parole lundi 16 août du fort de Brégançon pour livrer un message solennel. Au cours de son allocution télévisée, le chef de l’État a évoqué «un tournant historique». Il a également mentionné des «conséquences majeures pour l’ensemble de la communauté internationale, pour l’Europe, pour la France», avant d’annoncer une initiative conjointe avec l’Union européenne afin d’«anticiper» et de se «protéger contre les flux migratoires irréguliers importants» qui «nourrissent les trafics de toute nature».

Des propos qui n’ont pas manqué de faire réagir à gauche. L’eurodéputé et candidat à la primaire écologiste Yannick Jadot s’est par exemple dit «sidéré» qu’Emmanuel Macron déclare «que les femmes, les hommes et les enfants qui fuient l’enfer des Talibans sont d’abord une menace, des ‘migrants irréguliers’, avant d’être des victimes et potentiellement des réfugiés». Julien Bayou, le secrétaire général d’Europe-Ecologie-Les-Verts a également réagi vivement : «Et l’asile ? Et ces enfants, ces femmes, ces hommes qui fuient l’horreur ? La France doit prendre sa part. Il faut du concret», a tweeté le responsable écologiste.

Un point de vue également partagé par les élus de La France Insoumise. «#Macron20h ou comment rabougrir la France en une poignée de seconde», a par exemple réagi hier soir le député insoumis Adrien Quatennens.

«Quelle honte»

Laurence Rossignol, ancienne ministre de François Hollande et proche d’Arnaud Montebourg a de son côté dénoncé le «cynisme» du président de la République : «Qualifier de ‘flux migratoire irrégulier’ des êtres humains qui fuient le fascisme des Talibans, des adolescentes futures victimes de viol et des mariages forcés, des femmes journalistes, juges ou maires, demain démises de leurs fonctions car femmes… (…) Quelle honte», a-t-elle tweeté.

Même réaction pour Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre socialiste de l’Éducation nationale qui a regretté les «mots» d’Emmanuel Macron. «Est-ce devenu ça la politique, l’en même temps tactique et glacial, encore et toujours, quelles que soient les circonstances, bouleversantes ?», a-t-elle exprimé.

Les propos d’Emmanuel Macron ont même fait bondir d’anciens membres de sa majorité. Sur RMC, le député du Val d’Oise et co-président des Nouveaux Démocrates, Aurélien Taché, s’est dit «particulièrement choqué» par le propos du président. «Il faut proposer à tous ceux qui le souhaitent de pouvoir les évacuer. Nous devons remplir notre devoir élémentaire d’humanité», a-t-il plaidé.

Les réfugiés afghans au coeur des débats depuis plusieurs jours

Il faut dire que le sujet était explosif avant même qu’Emmanuel Macron ne prenne la parole sur ce sujet. Depuis quelques jours en effet, ceux parmi les commentateurs de la vie politique du pays qui n’ont pas déserté Twitter à la faveur des beaux jours du mois d’août s’écharpaient déjà volontiers dessus. Commentant en particulier le chiffre, avancé dimanche par une journaliste canadienne sur la base des données d’Eurostat, selon lequel 70.000 Afghans auraient été expulsés du sol européen suite au refus de leur accorder l’asile. «Cette politique fait honte à notre pays» commentait par exemple l’un des cadres du mouvement de Benoît Hamon.

À droite en revanche, si l’inquiétude face à un possible afflux de réfugiés préoccupait certains cadres du RN ou militants identitaires, les réactions ont été plus discrètes. Emmanuel Macron a rencontré un soutien timide du côté de certains cadres des Républicains, à l’instar de Jean Leonetti qui déclarait lundi soir à la suite du chef de l’État que «le risque de terrorisme à partir d’une immigration clandestine existe et doit être contrôlé». Tandis que, plus prudent, le député et secrétaire général de LR Aurélien Pradié, également président du groupe d’amitié France-Afghanistan à l’Assemblée nationale, enjoignait sur France Info le chef de l’État à «accueillir les Afghans en danger» et même «tous ceux qui ont été les partisans de la liberté», faisant ici particulièrement référence aux anciens supplétifs afghans dont le soutien aux soldats français lors de l’intervention en Afghanistan risque d’attirer la vengeance des talibans.

«Plusieurs dizaines de personnes sont encore sur place qui ont aidé l’armée française et pour lesquelles nous restons pleinement mobilisées» avait notamment déclaré lundi soir Emmanuel Macron, évoquant des «interprètes, chauffeurs, cuisiniers et tant d’autres». À la suite d’enquêtes journalistiques portant en particulier sur le sort des anciens interprètes afghans de l’armée française, Paris a été souvent critiqué pour son indifférence à l’égard de ceux qui se faisaient appeler les «Tarjuman».

Plus à droite enfin, le Rassemblement national est resté sobre quant à la dimension migratoire de la recomposition géopolitique dans la région, évoquant seulement dans un communiqué «la perspective de nouvelles vagues d’immigration», tandis que les principales critiques de Marine Le Pen à l’égard d’Emmanuel Macron visaient d’abord son «inexistence diplomatique». Laissant donc aux seconds couteaux du parti le soin de s’inquiéter plus explicitement du risque d’une immigration incontrôlée et de l’importation d’une menace terroriste nouvelle sur le sol français.

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