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le lynchage d’un activiste plonge le pays en Enfer

Les Algériens ont vécu un épisode terrifiant en pleine panique face aux incendies qui ravagent le nord-est de l’Algérie depuis le 9 août et qui ont fait 69 morts. Les images du lynchage à mort d’un jeune activiste de l’aide humanitaire par une foule délirante à Larbaa Nath Irathen, ville martyre du feu au sud-est de Tizi Ouzou en pleine Kabylie, ont fait le tour du pays.

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Djamel Bensmail, artiste et militant du Hirak, était venu tôt le mercredi 11 août de sa ville de Miliana, à 110 km à l’ouest d’Alger, pour aider ses « amis kabyles dans cette épreuve ». Il est même intervenu deux fois à l’antenne d’une télévision privée pour témoigner de la situation sur place.

La victime interpelée dans des circonstances opaques

Des circonstances opaques ont fait qu’il s’est retrouvé, en fin d’après midi, dans un fourgon de police stationné à l’intérieur du commissariat principal de la ville, cerné par une foule appelant à sa mort, persuadée qu’il s’agissait d’un pyromane.

La suite, filmée par des dizaines de téléphones, a provoqué un traumatisme national. Le cadavre brulé du jeune militant a été laissé sur la place centrale jusqu’à une heure avancée de la nuit. Le choc a pris une tournure dangereuse à cause de son identité arabophone, de nombreux commentaires parlant de crime raciste « d’extrémistes séparatistes kabyles ».

Cette tragédie n’a cependant pas freiné l’immense élan de solidarité du pays envers la Kabylie. Des centaines de convois d’aide spontanée de toutes les régions de l’Algérie continuaient d’affluer sur Tizi Ouzou jeudi et vendredi. Un communiqué, ce 13 août, de plusieurs villages invitait à envoyer les dons vers d’autres régions « pour éviter le gaspillage ». D’autant que, même si le risque demeure avec des températures à plus de 45 °C, le front du feu a connu une première accalmie en ce vendredi 13 août, à la faveur de vents plus cléments et grâce au renfort de deux Canadair français. Le nombre de foyers encore actifs a baissé à moins de 40, contre 96 la veille au matin.

« Les paroles présidentielles font plus de dégâts que le feu »

Face aux incendies, les autorités algériennes, dépassées par les événements, accablées par la 3e vague de Covid, la pénurie d’oxygène dans les hôpitaux et la crise de l’eau, ont plaidé le complot. Aujourd’hui une majorité d’Algériens les accuse d’alimenter la haine et la division afin de fuir leurs responsabilités.

Après avoir tergiversé 48 heures pour finalement accepter l’aide internationale, le président Abdelmadjid Tebboune a tenté de reprendre la main dans une ambiance de « fin du monde ». Son discours à la Nation le 12 août au soir, vindicatif et jamais apaisant, n’aura finalement réussi qu’à ajouter à la confusion. Face à une opinion qui demande des comptes et des assurances, et face à un risque de montée des extrêmes en Kabylie et chez les anti-Kabyles, le président a mis en avant la mort dramatique de 25 militaires happés par les flammes en Kabylie pour soutenir que l’État est engagé avec la population, et a menacé les « ennemis intérieurs » de l’Algérie.

Il a surtout alimenté l’esprit complotiste qui a conduit au terrible lynchage de Larbaa Nath Irathen, affirmant, comme son ministre de l’intérieur dès le premier jour, que les incendies sont d’origine criminelle. Il a, pour étayer son propos, annoncé 22 interpellations de suspects pyromanes (dont dix en Kabylie). Il a contourné la question de la part de responsabilité de la police qui a « cédé » Djamel Bensmail aux lyncheurs, et a un promis un châtiment judiciaire à ces derniers. Sur les réseaux sociaux, une tendance s’est dégagée ces dernières 24 heures en faveur du boycott des prises de paroles présidentielles. « Elles font plus de dégâts que le feu », a commenté un utilisateur de Facebook.

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