mardi, juillet 5, 2022
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“Ce qui compte c’est bien l’Église fraternité”, l’homélie de Mgr Giraud à l’abbaye de la Pierre-qui-Vire

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la mort ne l’emportera pas sur elle. » C’est une promesse du Christ à Pierre et donc à l’Église, une promesse de victoire. Attention ! Ce n’est pas la promesse « d’un triomphe historique de l’Église» (1), mais la promesse d’une « victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal». Cette victoire ne dit rien des épreuves de l’Église qui précèderont car, nous le voyons depuis des siècles, toutes sortes d’épreuves internes ou externes menacent l’Église. Pourtant la promesse du Christ demeure et nous oblige, comme à chaque période de l’histoire, à réfléchir, avec la sérénité que donne l’espérance chrétienne, au « changement d’époque » (pape François) que nous vivons.

Cette espérance est inscrite dans les paroles du Christ : « Je bâtirai mon Église». Ce n’est pas Pierre qui construit, c’est bien le Christ qui bâtit. Ce n’est pas l’Église de Pierre, c’est bien l’Église du Christ. L’image est celle d’une construction : cette image n’est pas unique dans l’Évangile. Il y a même de nombreuses images pour parler de l’Église : celle d’un édifice, celle du peuple de Dieu, celle d’une barque, celle d’un corps, ou encore celle d’une fraternité. Aucune image ne dit, à elle seule, les multiples facettes de l’Église.

L’image que Jésus a employée dans l’Évangile est bien celle d’une église de pierres, d’une construction. Cette image dit la stabilité et la permanence, mais aussi le risque de l’immobilisme, de la simple conservation. Elle dit aussi l’élévation, l’édification. Et quand on construit il faut partir du bas, et c’est bien aussi une image de ce que nous devons faire aujourd’hui : dall basso comme le souligne souvent le pape François. L’image peut renvoyer à un aspect plus dynamique en pensant à toutes les pierres vivantes que nous sommes. L’église comme édifice dit à la fois un point de rencontre et un point de départ, une porte d’entrée et une porte de sortie. Nous entrons « au nom du Père et du Fils et de l’Esprit Saint », et nous sortons « dans la paix du Christ » pour « faire des disciples » et les inviter au repas des noces de l’Agneau pour rendre grâce.

À cette première image on peut sinon opposer, du moins privilégier, comme le concile Vatican II, une deuxième image, celle du Peuple de Dieu. Cette image souligne le rassemblement, la communion, et surtout la marche, le chemin, aujourd’hui nous dirions le synode : le pape nous y invitera pour deux ans à partir du 10 octobre. Nous sommes appelés à reconnaître le caractère synodal de l’Église, qui marche ensemble et qui franchit des seuils… pour ne pas revenir en arrière, pour ne laisser personne derrière. Mais surtout nous sommes invités à être à l’écoute de l’Esprit pour trouver des chemins nouveaux. Cette démarche n’est pas facile car nous préférons entendre chez l’autre les seules idées qui nous confortent !

Et puis il y a l’image de la barque : elle dit le large, les tempêtes, le creux des vagues, l’instabilité, le mal de mer, les malaises ou le mal-être. Les tempêtes aujourd’hui sont nombreuses, nous sommes pour certains au creux de la vague (et je ne parle pas ici de virus !). Paradoxalement nous sommes peut-être en un « point mort » comme lorsque le vent ne souffle plus, ou plutôt comme si nous ne mettions plus les voiles qui permettent à l’Esprit de souffler et de nous faire avancer… « là où il veut». Ce point mort peut être mortifère. Gardons-nous donc de l’immobilisme au seul prétexte que : « l’Église en a vu d’autres ».

Une quatrième image peut aussi nous aider à comprendre l’Église : celle du Corps du Christ. Le concile Vatican II affirme que « le Christ construit son Corps » (2). Étrange expression ! On s’attendrait à : « le Christ construit son Église ». Mais en fait, comme me le faisait remarquer le vicaire général de la Mission de France, le Concile dit plus justement : « le Christ fait surgir son corps ». L’image du corps qui surgit, c’est l’image de la résurrection. Elle dit le lien entre la tête et nous. Elle dit les liens entre tous les membres : nous sommes tous liés, tous frères et sœurs. L’image du corps montre aussi qu’on a besoin des autres corps, de tous les membres. L’Église devient elle-même avec et par les autres. Elle doit être à la fois visible, mais elle ne peut exister sans les autres.

Ceci me conduit à une cinquième image, celle de la fraternité. Fêter les 150 ans d’une église ne peut donc nous faire oublier que ce qui compte c’est bien l’Église fraternité, signe d’une fraternité universelle. «Nous devons reconnaître les autres comme des compagnons de route, vraiment frères » (3) dit le pape François. L’Église n’est elle-même que lorsqu’elle donne le témoignage de sa fraternité avec tous, et pas seulement avec ceux et celles qui se retrouvent dans une église. Comment faire prendre conscience que nous ne cherchons pas à recruter mais à faire découvrir que nous sommes déjà une fraternité en Christ. Cette fraternité est d’abord à vivre avec les plus oubliés ou les plus pauvres. Notre singularité comme chrétiens c’est d’annoncer que nous sommes tous frères et sœurs en Christ. Nous ne sommes ni une secte ni une simple association, mais des hôtes : nous accueillons et souhaitons être accueillis. « Est-ce que, vraiment, Dieu habiterait sur la terre ? Les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent te contenir : encore moins cette Maison que j’ai bâtie ! » (1 R 8, 27). L’Église, comme édifice ou comme peuple, ne cherche pas à contenir Dieu, c’est une évidence, mais elle cherche à rassembler de temps en temps ceux qui ont le devoir de rendre grâce pour cette présence de Dieu, même là où on ne l’attend pas, même là où on ne l’entend pas. Dans les heures où Dieu semble s’être retiré du monde, où le ciel semble sourd ou vide, où la question de Dieu n’existe guère, nous croyons que le Christ peut faire surgir son amour.

Chers frères de la Pierre-qui-Vire, si vous êtes ici ce matin, c’est parce que vous avez surtout voulu suivre fidèlement le Christ, en communauté. Les raisons pour lesquelles vous demeurez ici ont pu varier, mais l’attachement au Christ, ou plutôt l’attachement du Christ à votre parole donnée, reste le même. Nous lui rendons grâce avec vous : « approchez-vous de lui : il est la pierre vivante… précieuse devant Dieu ». L’avenir de l’Église dépend de lui, de la Pierre angulaire, de ce Rocher inébranlable.

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