samedi, août 13, 2022
19.7 C
Nantes

de Londres à Saint-Pétersbourg, la menace du Covid-19 plane sur les stades

Des supporteurs finlandais tendent leur écharpe au moment où résonne leur hymne national dans le stade de Saint-Pétersbourg (Russie), avant le match face à la Belgique le 21 juin. DMITRI LOVETSKY / AP

Pour la quatrième journée consécutive, vendredi 2 juillet, la Russie a enregistré un record de décès quotidiens dus au coronavirus. En vingt-quatre heures, le gouvernement a recensé 679 morts. Avec un total d’environ 136 000 décès attribués au Covid-19, selon les chiffres du gouvernement, et au moins 270 000 d’après l’agence fédérale des statistiques, Rosstat, qui en a une définition plus large, la Russie est le pays européen le plus endeuillé par la pandémie. Et les cas de contamination liés au variant Delta, beaucoup plus contagieux, y sont actuellement en forte hausse.

Dans ce contexte sanitaire préoccupant, 30 000 spectateurs vont garnir le stade de Saint-Pétersbourg, vendredi 2 juillet. Pour ce premier quart de finale de l’Euro 2021, opposant la Suisse à l’Espagne, la jauge du stade a été maintenue à 50 % de sa capacité, au même niveau depuis le début du tournoi.

Lire aussi Le point sur la pandémie de Covid-19 : dans le sillage du variant Delta, des restrictions réapparaissent

« En tant que médecin, je suis bien sûr opposé à l’organisation de tout événement de masse », indique Alexei Dmitriev, médecin en tenue de protection dans l’hôpital Mariinskaya, interrogé par l’agence Reuters. « Bien sûr, nous nous attendons à une augmentation du nombre de patients après l’organisation de tels événements de masse », déplore-t-il.

A l’origine, la deuxième ville la plus peuplée de Russie devait accueillir quatre matchs du tournoi, qui se déroule dans 11 pays. Mais en avril, Saint-Pétersbourg a récupéré les rencontres du premier tour prévues à Dublin, qui n’était alors pas en mesure de garantir un stade rempli à au moins 25 %, comme l’imposait l’Union des associations européennes de football (UEFA). Ainsi, avant la venue des supporteurs suisses et espagnols le 2 juillet, des Russes, Belges, Finlandais, Polonais, Slovaques et Suédois s’y étaient déjà rendus pour soutenir leur équipe.

Cluster chez les supporteurs finlandais

Les 16 et 21 juin, l’équipe de Finlande affrontait successivement la Russie et la Belgique au stade de Saint-Pétersbourg. A moins de cinq heures de route d’Helsinki, la destination était propice au déplacement de plusieurs milliers de supporteurs. De retour au pays, près de 300 d’entre eux ont été testés positifs au coronavirus, ont fait savoir les autorités finlandaises le 28 juin.

Conséquence : le jour même, le maire d’Helsinki renonçait à lever les restrictions sanitaires dans la capitale finlandaise. « Il y a tellement d’infections (…), la situation est clairement différente de ce qu’elle était il y a une semaine », a justifié Jan Vapaavuori.

Des supporteurs écossais s’offrent une douche de bière avant le match face à l’Angleterre le 18 juin, à Leicester Square, au centre de Londres (Angleterre). KIERAN CLEEVES / AP

La Russie n’est pas le seul pays hôte où l’Euro est soupçonné d’avoir accéléré la propagation du virus. En Ecosse, trois matchs du premier tour se sont disputés à Glasgow devant 12 000 spectateurs et, surtout, une marée de kilts a envahi Londres le 18 juin, à l’occasion du match Angleterre-Ecosse. Et si la jauge du stade de Wembley était limitée à 25 % de sa capacité (22 500 personnes), la majorité des supporteurs écossais s’était déplacée sans billet pour lever le coude dans les rues ou dans les parcs.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : Vladimir Poutine appelle les Russes à recourir à la vaccination, sans la rendre obligatoire

Dans un rapport publié cette semaine par Public Health Scotland, l’agence de santé publique écossaise a recensé 2 000 contaminations au Covid-19 de personnes ayant assisté à un ou plusieurs matchs de l’Euro entre le 11 et le 18 juin. Parmi elles, deux tiers ont voyagé à Londres le 18 juin, pendant leur période infectieuse. « Certains ont pu propager [le virus] avec eux à Londres, d’autres ont pu le contracter en rentrant chez eux », explique le professeur Jason Leitch, le directeur de la santé et de la protection sociale de l’Ecosse, interrogé par la BBC.

« Si on veut ensemencer l’Europe de ce variant Delta, on ne s’y prendrait pas autrement », tonne l’épidémiologiste Antoine Flahault

Mardi 6, mercredi 7 et dimanche 11 juillet, le stade de Wembley sera le théâtre des deux demi-finales et de la finale de l’Euro. Cette semaine, les autorités britanniques ont confirmé l’augmentation de la jauge d’accueil à 75 % de la capacité du stade, soit 60 000 personnes, comme le souhaitait l’UEFA. Un assouplissement des restrictions sanitaires qui inquiète l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Nous n’acceptons pas que l’UEFA envisage de faire jouer la finale de l’Euro de football à Budapest »

Le directeur de la branche Europe de l’OMS, Hans Kluge, a regretté, lors d’une conférence de presse en ligne jeudi, « que quelques stades accueillant le tournoi relèvent actuellement le nombre de spectateurs autorisés à voir un match ». Outre le cas de Wembley, la jauge du stade Parken de Copenhague a également été augmentée de 16 000 à 25 000 spectateurs pour le huitième de finale Croatie-Espagne, le 28 juin.

« Non-sens total »

« Si on veut ensemencer l’Europe de ce variant Delta, on ne s’y prendrait pas autrement », tonne l’épidémiologiste Antoine Flahault, qui plaide pour une délocalisation des matchs prévus à Londres et Saint-Pétersbourg. « C’est un non-sens total d’envoyer des supporteurs dans des endroits à très haut risque », affirme à l’AFP le directeur de l’Institut de santé globale (université de Genève), en citant Bucarest, Budapest ou Copenhague – trois autres villes hôtes de l’Euro – comme alternatives possibles à moindre risque.

Dans la sphère politique, aussi, des voix s’élèvent contre l’assouplissement des restrictions sanitaires dans les stades de l’Euro. Margaritis Schinas, un des vice-présidents de la Commission européenne, juge incohérente la tenue de ces événements à l’heure où les déplacements à l’étranger des ressortissants britanniques sont encore limités. « Ce n’est pas une décision que nous serons amenés à prendre à la Commission. Elle appartient à l’UEFA. Mais je veux partager mes doutes sur la possibilité d’organiser la demi-finale et la finale de l’Euro à Wembley, dans un stade comble, alors que le Royaume-Uni limite les déplacements de ses citoyens vers l’UE », a déclaré M. Schinas à Bruxelles, le 28 juin.

Lire aussi Euro 2021 : le stade de Wembley autorisé à accueillir plus de 60 000 spectateurs pour les demi-finales et pour la finale

La semaine dernière, le président du conseil italien, Mario Draghi, abondait dans ce sens, souhaitant que la finale « ne se déroule pas dans un pays où les contagions sont en train de croître rapidement ».

Au-delà du cas de l’Angleterre et de la Russie, était-ce bien raisonnable d’organiser cet Euro dans onze villes européennes au regard de la situation sanitaire ? Il est permis d’en douter. Après dix semaines de recul de la pandémie, le nombre de cas a augmenté de 10 % la semaine dernière en Europe, et ce en raison « de l’augmentation des brassages, des voyages, des rassemblements et de l’assouplissement des restrictions sociales », pointe l’OMS. Hans Kluge prévient : « Il y aura une nouvelle vague dans la région européenne, sauf si nous restons disciplinés. »

Notre sélection d’articles sur l’Euro 2021

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici