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«Ne pas aller voter, c’est laisser les autres décider», selon Sarah El Haïry

Face à la faible participation électorale des jeunes, la secrétaire d’État a mené deux jours de consultations.

C’est un défi majeur pour toute la classe politique. L’abstention, qui a atteint des sommets lors des élections régionales – 66,73% au premier tour, 65,31% au second – a été vécue comme un électrochoc. Celle des jeunes est encore plus criante : 85% en moyenne des 18-34 ans n’étaient pas passés par l’isoloir, le 20 juin, selon un sondage Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France. Une semaine plus tard, et malgré la forte médiatisation du scrutin, 79% d’entre eux n’avaient toujours pas glissé de bulletins dans l’urne. Une situation d’autant plus inquiétante qu’à l’époque les jeunes profitaient du déconfinement. Pour la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement Sarah El Haïry, «il y a des jeunesses, des abstentions, et donc des choses à apporter».

Face à cet enjeu démocratique, la membre du gouvernement a organisé un vaste colloque lundi 12 et mardi 13 juillet. Entourée de chercheurs et de représentants de la jeunesse syndicale, politique et associative, la secrétaire d’État a enchaîné tables rondes et discussions à bâtons rompus. L’occasion de comprendre les ressorts du non-vote dans cette tranche d’âge. «C’est vraiment un sujet de préoccupation majeur, sinon on ne ferait pas ça en pleine allocution présidentielle», souffle un conseiller ministériel. Initiative soutenue par Auguste Ott, Président des Jeunes démocrates (MoDem): «elle est dans une volonté d’agir. C’est une première étape avant de possibles ajustements». Pour ce participant, l’abstention s’explique en partie par une incompréhension et un «désintérêt« de la «démocratie territoriale».

En poste depuis juillet 2020, Sarah El Haïry l’affirme: les jeunes veulent davantage saisir «les clés institutionnelles du pays». En clair, améliorer l’intérêt pour la chose politique : «Comment ne pas subir une élection sans savoir à quoi elle sert ? Ne plus être dans un choix de casting, mais de projets». De la même manière, les questions des compétences de l’entité (département, région…) pour laquelle les citoyens votent et la «qualité du débat public» ressortent des débats. De son côté, Sarah El Haïry déplore «une jeunesse hyper engagée, mais pas par le vote». Face à une secrétaire d’État qu’elle trouve «trop préoccupé par les aspects techniques», Emma Salley, animatrice des Jeunes Insoumis, affirme que sa tranche d’âge «ne se retrouve plus dans le système politique.» «La société est défiante vis-à-vis des institutions et d’un président qui semblent éloignés», ajoute-t-elle.

Mettre en place des propositions d’ici 2022

Pour la majorité des participants, ce sont d’ailleurs moins les modalités techniques – vote par correspondance, numérique, vote blanc – que l’accès à une bonne information ou l’indifférence électorale qui expliquent le phénomène. L’abstention se nourrirait «d’un manque de sentiment d’appartenance, selon Rémy Perrad, délégué national de l’UNI, le principal mouvement universitaire de droite. Il faut reconstruire une appartenance commune. Et ne pas s’engager uniquement pour une cause en faveur de telle communauté».

Autre débat sur la table, le vote à 16 ans. Pour Sarah El Haïry, pas très ardente sur la proposition, «il faudrait déjà que les primo votants (ceux qui ont 18 ans) votent». Malgré la polémique Adrexo, la secrétaire d’État défend l’envoi de prospectus électoraux en papier. Ils «permettent un débat en famille». D’ici la présidentielle, la secrétaire d’État promet de traduire certaines propositions. Parmi elles, la mise en place d’un livret institutionnel accompagnant les professions de foi ou la première carte électorale est à l’étude. Pour le moment, la secrétaire d’État assume un temps long pour recréer un lien entre la politique et les jeunes. D’où son appel à la mobilisation pour 2022: «ne pas aller voter, c’est laisser les autres décider pour soi».

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