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Les Américains en colère contre « l’inflation Biden »

Il y a quelques jours, Alex s’est agacée à la station-service de son bourg rural du Tennessee. À cause du prix de l’essence, mais aussi à la vue d’un autocollant. « C’était un autocollant portant le nom de Biden et avec une flèche vers le prix, comme si le président des États-Unis était responsable de la hausse des cours du pétrole dans le monde !, se lamente la jeune femme. Avec la clé de ma voiture, j’ai gratté pour enlever l’autocollant. C’est tellement stupide ! »

→ COMPRENDRE. Pourquoi l’inflation est-elle plus forte aux États-Unis qu’en Europe ?

Mais la bibliothécaire démocrate n’est pas au bout de ses peines. Car tous les sondages indiquent qu’une majorité d’Américains tient le locataire de la Maison-Blanche pour principal responsable de l’inflation qui frappe l’Amérique. Au cours des douze derniers mois, les prix ont grimpé de près de 8 %, du jamais-vu depuis les années 1980. L’essence en est le meilleur symbole, avec un record historique établi le 11 mars – 4,3 dollars le gallon (3,78 litres), contre 4,11 dollars (en 2008).

Si une légère accalmie a suivi, la hausse sur un an reste frappante : dans le Tennessee, par exemple, le prix à la pompe est aujourd’hui autour de 4 dollars, contre 2,67 dollars il y a un an. « Avec Donald Trump, il y avait de l’essence partout, nous étions autosuffisants, et dès que Joe Biden est arrivé au pouvoir, il a supprimé les forages, et voilà où nous en sommes, déplore Jon, retraité à Chattanooga. Et tout découle du pétrole. Ce n’est pas sorcier ! Même chose avec les plans de relance massifs : quand vous mettez beaucoup d’argent quelque part, les prix augmentent ! J’ai vu ça pendant la guerre au Vietnam : quand nous sommes arrivés, tout a augmenté. Ce président est incompétent ! Mais les élections approchent. »

Seuls quatre Américains sur dix soutiennent Joe Biden

En novembre, les électeurs renouvellent le Congrès. Dans les deux chambres, les majorités démocrates paraissent plus fragiles que jamais. Joe Biden, qui espérait sans doute un ralliement sur fond de confit en Ukraine, décroche à nouveau dans les sondages, après un léger mieux dans la foulée du discours sur l’état de l’Union, début mars : à peine 40 % des Américains le soutiennent – seul Donald Trump faisait pire après un peu plus d’un an de mandat.

Pourtant, l’économie américaine tourne bien, et le chômage est au plus bas (3,6 %). Jusque dans le Tennessee, les offres d’emploi s’affichent un peu partout. Même le Musée du flipper de Chattanooga cherche à recruter. Mais si les salaires augmentent, ils ne suivent pas le rythme de l’inflation. D’où une perte du pouvoir d’achat qui touche aussi les classes moyennes. «Tout augmente, déplore Lori, directrice de la chambre de commerce d’un petit comté un peu plus au sud, en Géorgie. Après leur sport, j’emmène les enfants au fast-food. Avant, ça me coûtait 8 dollars, maintenant c’est 11. Ce n’est pas énorme, mais c’est comme ça pour tout. Quand je dois conduire mes enfants quelque part, je regarde avant par quelle route passer pour consommer moins d’essence… »

« Inflation Biden » contre « hausse Poutine »

Selon les sondages, près de deux Américains sur trois disent souffrir de l’inflation. Et près de sept sur dix estiment que Joe Biden n’en fait pas assez. « Les républicains parlent de l’“inflation Biden” depuis plusieurs mois et le message passe, explique Marcus Mauldin, professeur de sciences politiques à l’Université du Tennessee à Chattanooga. La question est complexe, avec une dimension internationale, mais la vision des républicains frappe les esprits. D’autant que la Maison-Blanche a du mal à définir un message et à indiquer un chemin de sortie. Mettre tout sur le dos de Poutine, ça ne percute pas. »

Jeudi 31 mars, Joe Biden a annoncé que le pays allait puiser encore un peu plus dans les réserves stratégiques de pétrole – un million de barils par jour pendant six mois – dans l’espoir de faire baisser les prix. Il a également à nouveau pointé du doigt la responsabilité de Moscou et la « hausse Poutine ». Jusqu’à présent, aucune de ces deux stratégies n’a été efficace.

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