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“L’esprit de l’Évangile : la miséricorde, cœur de Dieu” insiste le pape François à la messe dominicale

Jésus « dès l’aurore, retourna au Temple et tout le peuple venait à lui » (Jn 8, 2). C’est ainsi que commence l’épisode de la femme adultère. L’arrière-plan est serein : une matinée dans le lieu saint, au cœur de Jérusalem. Le protagoniste est le peuple de Dieu qui, dans la cour du temple, cherche Jésus, le Maître. Il désire l’écouter, parce que ce qu’il dit illumine et réchauffe. Son enseignement n’a rien d’abstrait, il touche la vie et la libère, la transforme, la renouvelle. C’est le “flair” du peuple de Dieu qui ne se contente pas du temple de pierres, mais qui se rassemble autour de la personne de Jésus. On entrevoit dans ce passage le peuple des croyants de tout temps, le peuple saint de Dieu qui, ici à Malte, est nombreux et vivant, fidèle dans la recherche du Seigneur, attaché à une foi concrète, vécue. Je vous en remercie pour cela.

Voyant le peuple qui accourt vers lui, Jésus ne se presse pas : « Il s’assit – dit l’Évangile – et se mit à enseigner » (v. 2). Mais, à l’école de Jésus, il y a des places vides. Il y a des absents : la femme et ses accusateurs. Ils ne se sont pas rendus chez le Maître comme les autres, et les raisons de leur absence sont différentes : les scribes et les pharisiens pensent déjà tout savoir, ne pas avoir besoin de l’enseignement de Jésus ; par contre la femme est une personne perdue, qui a fait fausse route en cherchant le bonheur sur de mauvaises voies. Des absences dues à des raisons différentes, tout comme la fin de leur histoire sera différente. Arrêtons-nous sur ces absents.

Tout d’abord, les accusateurs de la femme. Nous voyons en eux l’image de ceux qui se vantent d’être justes, des pratiquants de la loi de Dieu, des gens corrects et respectables. Ils ne se soucient pas de leurs défauts mais sont très attentifs à découvrir ceux des autres. Ils vont ainsi vers Jésus : non pas le cœur ouvert pour l’écouter, mais « pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser » (v. 6). C’est une intention qui photographie l’intériorité de ces personnes cultivées et religieuses, qui connaissent les Écritures, fréquentent le temple, mais subordonnent tout cela à leurs propres intérêts, et qui ne combattent pas les pensées malveillantes qui s’agitent dans leur cœur. Aux yeux des gens, ils apparaissent comme des experts de Dieu, mais eux, justement, ne reconnaissent pas Jésus. Au contraire ils le considèrent comme un ennemi à éliminer. Pour le faire, ils mettent devant lui une personne, comme s’il s’agissait d’une chose, en l’appelant avec mépris « cette femme » et en dénonçant publiquement son adultère. Ils font pression pour que la femme soit lapidée, en déversant contre elle l’aversion qu’ils ont envers la compassion de Jésus. Et ils font tout cela sous couvert de leur réputation d’hommes religieux.

Frères, sœurs, ces personnages nous montrent que le ver de l’hypocrisie et l’envie de montrer du doigt peuvent s’insinuer dans notre religiosité même. De tout temps, en toute communauté. Le risque de mal comprendre Jésus existe toujours ; d’en avoir le nom sur les lèvres mais de le démentir dans les faits. Et on peut même le faire en élevant des étendards avec la croix. Comment pouvons-nous alors vérifier si nous sommes des disciples à l’école du Maître ? Par notre regard, de la façon dont nous regardons le prochain e t de la façon dont nous nous regardons nous-mêmes.

De la façon dont nous regardons le prochain : si nous le faisons comme Jésus nous le montre aujourd’hui, c’est-à-dire avec un regard de miséricorde, ou bien d’une manière critique, parfois même dédaigneuse, comme les accusateurs de l’Évangile qui s’érigent en paladins de Dieu mais ne s’aperçoivent pas qu’ils piétinent leurs frères. En réalité, celui qui croit défendre la foi en pointant du doigt les autres aura peut-être une vision religieuse, mais il n’épousera pas l’esprit de l’Évangile, parce qu’il oublie la miséricorde, qui est le cœur de Dieu.

Pour comprendre si nous sommes de vrais disciples du Maître, nous devons aussi vérifier la manière dont nous nous regardons nous-mêmes. Les accusateurs de la femme sont convaincus qu’ils n’ont rien à apprendre. Leur apparence extérieure est parfaite, en effet, mais il leur manque la vérité du cœur. Ils sont le portrait de ces croyants qui, de tout temps, font de la foi une façade, chez qui ressort l’extériorité solennelle mais qui manquent de la pauvreté intérieure, le trésor le plus précieux de l’homme. En effet, pour Jésus, ce qui compte, c’est l’ouverture disponible de celui qui ne se sent pas arrivé, mais qui a besoin de salut. Alors il nous est bon, quand nous sommes en prière, et aussi lorsque nous participons à de belles célébrations religieuses, de nous demander si nous sommes en syntonie avec le Seigneur. Nous pouvons le lui demander directement : “Jésus, je suis ici avec toi, mais toi, que veux-tu de moi ? Que veux-tu que je range dans mon cœur, dans ma vie ? Comment veux-tu que je voie les autres ?”. Il nous sera bon de prier ainsi, car le Maître ne se contente pas de l’apparence, mais cherche la vérité du cœur. Et quand nous lui ouvrons notre cœur en vérité, il peut accomplir des prodiges en nous.

Nous le voyons chez la femme adultère. Sa situation semble compromise mais s’ouvre à ses yeux un horizon nouveau, impensable. Couverte d’insultes, prête à recevoir des paroles implacables et un sévère châtiment, elle se voit acquittée avec étonnement par Dieu, qui lui ouvre un avenir inattendu : « Personne ne t’a condamnée ? – lui dit Jésus – Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (vv. 10.11). Quelle différence entre le Maître et les accusateurs ! Ceux-ci avaient cité l’Écriture pour condamner ; Jésus, la Parole de Dieu en personne, réhabilite complètement la femme en lui redonnant l’espérance. Cette histoire nous apprend que toute observation, si elle n’est pas faite par charité et n’a pas de charité, fait tomber davantage encore celui qui la reçoit. Dieu, au contraire, laisse toujours une possibilité ouverte et sait trouver à chaque fois des voies de libération et de salut.

La vie de cette femme change grâce au pardon. On peut même penser que, pardonnée par Jésus, elle aura appris à son tour à pardonner. Peut-être qu’elle aura vu en ses accusateurs non plus des personnes rigides et méchantes, mais des personnes qui lui auront permis de rencontrer Jésus. Le Seigneur désire que nous aussi, ses disciples, en tant qu’Église, pardonnés par Lui, nous devenions des témoins inlassables de réconciliation ; témoins d’un Dieu pour qui le mot “irrécupérable” n’existe pas ; d’un Dieu qui pardonne toujours, qui continue à croire en nous et donne à chaque fois une chance de recommencer. Il n’y a pas de péché ni d’échec qui, lorsqu’on le lui apporte, ne puisse devenir une occasion pour commencer une vie nouvelle, différente, sous le signe de la miséricorde.C’est ainsi qu’est le Seigneur Jésus. Celui qui fait l’expérience de son pardon le connaît vraiment ; celui qui, comme la femme de l’Évangile, découvre que Dieu nous visite à travers nos blessures intérieures. C’est là justement que le Seigneur aime se rendre présent, parce qu’il est venu non pas pour les personnes en bonne santé mais pour les malades (cf. Mt 9, 12). Et, aujourd’hui, c’est cette femme qui a connu la miséricorde dans sa misère et qui va dans le monde, guérie par le pardon de Jésus, qui nous suggère, en tant qu’Église, de nous remettre de nouveau à l’école de l’Évangile, à l’école du Dieu de l’espérance qui surprend toujours. Si nous l’imitons, nous ne serons pas amenés à nous concentrer sur la dénonciation des péchés, mais à nous mettre avec amour à la recherche des pécheurs. Nous ne nous contenterons pas de compter les personnes présentes, mais nous irons à la recherche de celles qui sont absentes. Nous ne pointerons plus du doigt, mais nous commencerons à nous mettre à l’écoute. Nous ne rejetterons pas les méprisés, mais nous regarderons en premier ceux qui sont considérés comme derniers. C’est ce que nous enseigne aujourd’hui Jésus par l’exemple. Laissons-nous surprendre par lui. Accueillons avec joie sa nouveauté.

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