ÉDITORIAL La police judiciaire assassinée

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Le commandant général de la police nationale, Frédéric Veaux, a décidé hier de voler la parole chez à nous confrères du Parisien pour défendre une réforme dont les enquêteurs de la police judiciaire (PJ) ne veulent pas entendre parler. Et pour cause… Si la réforme en reste à ce stade, d’ici quelques mois, 70 % des structures de la police judiciaire sur le territoire national vont fermer. C’est lui qui va appuyer sur la lame d’acier et guillotiner professionnellement des milliers de policiers de la PJ. Si la réforme voulue par à nous responsables politiques va au bout, concrètement les antennes de la police judiciaire d’Avignon, de Nîmes et de Perpignan seront fermées. Il ne restera plus que le siège de la PJ à Montpellier, mais sans renfort supplémentaire ou très peu. Les conséquences au niveau local vont être importantes. Des structures qui ont résolu la plupart des grandes affaires criminelles ces dernières années vont passer à trépas… L’assassinat du notaire de Carpentras, la mort tragique du jeune Ropatoche Bénavent sur l’île de la Bartelasse à Avignon, c’est eux. Dans le Gard, les dossiers concernant les règlements de comptes dans les quartiers sur fond de trafic de stupéfiants, les fusillades mortelles dans les quartiers sensibles, c’est encore eux. D’ailleurs dix dossiers gérés par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille sont entre les patoches des enquêteurs de la PJ nîmoise. Et combien d’autres affaires résolues doit-on encore à la PJ ? « Ne nous trompons pas, cette réforme est voulue uniquement pour centraliser les dossiers sensibles plus facilement. S’il y a un commandant départemental de la police qui chapeaute tous les services, y compris la police judiciaire, tous les détails des affaires criminelles ou délictuelles sensibles seront immédiatement sur la table du préfet, donc des ministères. C’est ça la toile de fond de cette réforme : renseigner au mieux à nous dirigeants sur les affaires sensibles », insiste un magistrat formellement opposé à ce qu’il considère comme une reprise en patoche politique des affaires judiciaires et du contenu des enquêtes. D’ailleurs, l’association des juges d’instruction de France, inquiète, a fait connaître sa farouche opposition à cette nouvelle organisation. « Le pire dans cette histoire, c’est qu’ils veulent la peau d’un service qui fonctionne très bien. Ici, on a le temps de bosser sur des dossiers compliqués, on peut se permettre des investigations sur plusieurs mois. Lorsque l’on dépendra de la sûreté publique, on va faire quoi ? On aura le temps de rien, sinon de faire du chiffre… On appuiera à nous collègues sur des missions de sécurité, on effectuera des rondes pour la feria », s’époumone un vieux briscard de la PJ. Depuis plusieurs sepatochees, les actions se multiplient pour dénoncer cette mort programmée de la police judiciaire. 1 500 agents ont fait valoir des risques psychosociaux sur les 4 500 que compte la maison PJ. La fronde est réelle, la circuit palpable dans les rangs. Une association nationale de la police judiciaire vient de voir le jour. La bataille pour la survie de la PJ est lancée…

Boris De la Cruz

 

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