Entre Eric Zemmour et Bruno Le Maire, le débat des droites irréconciliables

Le candidat à la présidentielle et le ministre de l’Économie ont entamé un dialogue de sourds sur le plateau de France 2 jeudi soir.

Parlaient-ils réellement du même pays? Ce jeudi soir, sur le plateau de France 2, le débat entre le candidat déclaré à la présidentielle, Eric Zemmour, et le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, lors de l’émission «Élysée 2022» aura, de tout son long, tourné au dialogue de sourds. Non pas en raison de trop importantes différences d’analyses, comme cela avait pu être le cas lors d’un précédent débat Zemmour-Mélenchon. Mais en raison d’irréconciliables constats dressés dès le départ par deux hommes se revendiquant pourtant de droite.

Devant trois graphiques relatant l’évolution de la croissance, du chômage et du produit intérieur brut par habitant sur une dizaine d’années, le locataire de Bercy tire de la vérité crue des chiffres : «Il n’y a pas de grand déclassement de la France […] Nous sommes en train de retrouver la croissance des trente glorieuses. Nous sortons d’un demi-siècle de chômage, d’un siècle de désindustrialisation. Ce résultat devrait vous faire plaisir!»

Ajustant ses fines lunettes rondes devant les mêmes tableaux, Eric Zemmour déduit à son tour de la vérité crue des chiffres : «Il y a un appauvrissement terrible des Français.» Avant de s’appuyer sur le déficit de la balance commerciale pour mieux traiter de «cancre» son interlocuteur. Et balayer d’une même force ses velléités de réindustrialiser le pays : «Vous nous la baillez belle. Vous ne faites cela que depuis un an. Derrière vous, il y a le patron qui n’avait jamais parlé de baisse d’impôts de production dans son programme…»

Le débat économique tirera en longueur à défaut de gagner en clarté. Au plus grand dam des présentateurs Léa Salamé et Laurent Guimier, qui peineront à arbitrer la parole. Entre d’un côté, un candidat souhaitant à tout prix démontrer sa technicité et sa maîtrise des sujets économiques, quitte à perdre certains téléspectateurs. Et de l’autre, un ministre souhaitant non moins prouver sa combativité et son habileté rhétorique, quitte à agacer en interrompant sans cesse son contradicteur.

Eric Zemmour défend que ce n’est pas au Conseil constitutionnel de décider de la validité de sa proposition de réduire la CSG sur les bas salaires. Bruno Le Maire allume : «De Gaulle disait qu’il ne commencerait pas une carrière de dictateur à 67 ans. Vous avez 63 ans, et je pense que vous avez toutes les prédispositions pour le devenir.»

Une «main tendue» lue comme «une gifle»

Ses attaques sur le flou entourant le financement des propositions de l’ancien journaliste donneront l’occasion à celui-ci de sévèrement répliquer. Au point qu’Eric Zemmour ne troque finalement son ton irrité que pour une colère véritable : «Vous êtes le père Noël, vous avez arrosé la France. Soyez un peu humble. Un peu d’humilité. Ne prenez pas vous grands airs quand vous parlez de déficits, pas vous!»

Sans surprise, deux visions toutes aussi irréconciliables se seront opposées sur l’immigration et l’identité. Le grand remplacement, «je pense que c’est une peur, un fantasme. Nous n’aurons pas de République islamique si nous combattons l’islam politique», défend le ministre de l’Économie. «Vous parlez d’or. J’aimerais que vous expliquiez ça aux Français qui ont été chassés des banlieues où ils vivaient paisiblement. Il faut que les musulmans s’assimilent.» Une «main tendue» lue comme «une gifle» par Bruno Le Maire.

En guise de conclusion, et alors que les présentateurs le pressaient de quitter le plateau, le ministre de l’Économie aura tenté de renvoyer l’auteur du Suicide Français aux différentes polémiques qu’il a pu susciter. Au premier rang desquelles, la responsabilité du régime de Vichy dans la déportation de Juifs français. À la question de savoir si, président, Eric Zemmour reviendrait sur le discours du Vel d’Hiv en 1995 de Jacques Chirac, l’essayiste assume : «Si je suis élu, je ne le renouvellerai pas». Une déclaration voulue comme un acte de fidélité à De Gaulle par Eric Zemmour. Et pourtant lue comme un acte de trahison suffisant à détourner de lui tous les héritiers du Général, par Bruno Le Maire.