Interview de Gilles ERB suite à l’Assemblée Générale du 30 octobre 2021

Le point 10 de l’assemblée générale de la FFTT du 30 octobre 2021 était particulièrement attendu par les délégués. Il s’agissait de voter le principe et le montant de la rémunération du président de la fédération et lui permettre ainsi d’être pleinement disponible pour développer le tennis de table.

L’Université de Strasbourg, au sein de laquelle Gilles ERB enseigne, proposait une convention de mise à disposition sur la base d’une stricte compensation du salaire effectivement versé, qui aurait eu l’avantage de garantir à la FFTT, une fin de contrat connue et le principe de non-enrichissement. Le code général des impôts et les statuts de la FFTT imposent de soumettre cette évolution aux membres de l’assemblée générale et de recueillir 2/3 des voix. Or, la proposition a été rejetée malgré 64,9% de voix favorables.

 

Quelle est votre réaction après ce vote ?

Je suis évidemment très déçu parce que je suis pleinement engagé pour le développement de la FFTT sur la base d’un projet de transformation ambitieux. Le résultat de ce vote marque un coup de frein après 10 mois de présidence menés tambour battant, bénévolement, dans un contexte très difficile. Pendant cette période, j’ai tenté, tant bien que mal, de concilier avec passion et enthousiasme ma profession d’enseignant d’EPS agrégé à l’Université de Strasbourg et mon mandat de président de la fédération française de tennis de table.

Depuis notre élection le 06 décembre 2020, nous nous sommes attachés à affirmer l’image d’une fédération dynamique, moderne, capable de jouer un rôle dans le mouvement sportif et dans la cité en général. Or, par ce vote cette image se trouve ternie. Ceci étant, 64,9% des électeurs, soit une large majorité, veulent une fédération ambitieuse et moderne avec un président engagé et disponible. Malgré ce score positif, ils n’obtiennent pas gain de cause ! Et j’en suis désolé pour eux.

 

Pourquoi est-ce aussi important d’être disponible à temps plein ?

D’abord parce que la société évolue, tout est plus complexe, tout va plus vite, la concurrence est accrue entre les offreurs de pratique sportive, obligeant les fédérations à se réinventer. Ensuite parce que les enjeux de ce mandat sont extrêmement forts. Les attentes de la population se transforment en matière de consommation sportive. Le modèle économique des fédérations doit évoluer pour stabiliser le budget fédéral et financer de nouveaux projets. Et bien sûr, les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 arrivent vite et vont, de plus en plus, nous accaparer en tant que pays hôte.

De plus, la charge de travail d’un président de fédération olympique a augmenté depuis quelques années. Elle est très lourde avec de très nombreuses sollicitations à 360°. Le président doit constamment se déplacer pour rencontrer les acteurs du sport mais aussi pour représenter la FFTT et porter les projets de la fédération. Il s’agit, par exemple, de défendre la place de la France lors des rendez-vous internationaux, de soutenir un dossier de construction de salle d’un club, de remercier l’organisateur d’une compétition nationale ou internationale ou tout simplement de dialoguer avec les licenciés, les bénévoles, les clubs, les comités et les ligues. Je conçois ma fonction de président au plus proche des territoires et non pas dans mon bureau à Paris…ou à Strasbourg. La fonction de président de la FFTT doit-elle être réservée à une personne résident à Paris et/ou à la retraite ?

Autre exemple, cette semaine, j’ai dû renoncer à l’invitation de la ministre chargée des sports qui a rassemblé les présidents de fédération pour aborder des sujets importants comme le financement des équipements de proximité, le pass’sport mais aussi les nouveaux contrats de délégation.

Par ailleurs, avec le conseil fédéral nous portons un programme ambitieux qui nécessite de la disponibilité pour l’exposer, le partager et le mettre en œuvre. Il faut embarquer les clubs, les comités départementaux et les ligues dans une même direction. Or, ce dialogue permanent demande du temps. Il est également important d’être présent au siège fédéral pour impulser les dossiers, dialoguer avec le personnel et créer une atmosphère propice à la performance collective. Dans ce contexte, la présence du président au siège fédéral un à deux jours par semaine s’avère insuffisant.

 

La Fédération avait-elle les moyens de prendre en charge le salaire du président ?

Sans aucun doute ! L’assemblée générale a voté un budget prévisionnel à l’équilibre intégrant la rémunération du président. Mais au-delà de ces considérations financières, un président de fédération disponible n’est pas une charge. Au contraire, la disponibilité d’un président est un gage de réussite.

La participation régulière du président aux réunions et entretiens de toutes natures lui permettent d’entretenir de bonnes relations avec les partenaires institutionnels et privés et positionnent la FFTT comme une fédération dynamique et reconnue. En ce sens, l’activité du président, et de son équipe, doit générer de nouvelles ressources dont profiteront les licenciés et les clubs. Si la fédération a plus de moyens, elle pourra offrir plus de services aux clubs et aux licenciés.

 

Quelles conséquences à court terme ?

Je prendrai le temps d’analyser avec mon équipe les résultats dans les prochains jours. Je n’exclus aucune piste. Faute de temps disponible, la FFTT ne sera plus systématiquement représentée par son président dans diverses réunions institutionnelles. Notre projet co-construit ne pourra sans doute plus se déployer au même rythme et le premier impact concerne mes déplacements dans les territoires.

Je vais devoir me concentrer sur les dossiers les plus importants (le contrat de délégation, dossier de financement du Ping en extérieur qui devrait nous permettre de lever des fonds publics importants). Je vais aussi devoir consacrer plus de temps à mon activité professionnelle que je ne l’ai fait ces derniers mois.

 

Des regrets ?

Je déplore qu’une minorité n’ait pas compris que pour défendre le bénévolat, comme un idéal associatif et de société, il faut un président pleinement disponible. Ce vote pose avec force la question du statut des présidents de fédération.

J’ai composé une équipe avec des personnes intègres, motivées et dotées de réelles compétences pour porter un programme. Nous allons continuer à défendre l’intérêt général du tennis de table. Je ne peux que regretter que cela n’ait pas été compris de tous. En effet, dans notre démarche, seul l’intérêt du tennis de table a guidé nos choix. Nous poursuivrons notre travail sans faire de politique partisane.

La majorité approuve l’idée de la compensation du salaire du président pour qu’il soit disponible. Samedi, quelques-uns ont crié victoire avec 35,1% des voix ! Mais qu’ont-ils gagné si ce n’est de freiner le projet fédéral ?

 

Votre conclusion ?

Nous sortons de cette épreuve plus motivés que jamais pour faire évoluer la FFTT. Au moment où nous discutons de faire de la France une nation sportive, où nous fixons des ambitions en termes de nombre de médailles aux JOP de Paris 2024, où le gouvernement fait évoluer le modèle sportif français, il me semble urgent de donner à la FFTT les moyens de son ambition.