Cognac : vers une viticulture de précision

Dans les Charentes, la filière de la plus célèbre eau-de-vie de vin étudie depuis plusieurs années les questions concernant le réchauffement climatique. Un travail aux résultats encourageants, notamment sur la création de cépages plus résistants, comme chez Rémy Martin, vénérable maison de Cognac, dont les 220 hectares furent certifiés Haute valeur environnementale (HVE) dès 2012 – le sixième vignoble français à décrocher le vertueux label.  

Deux ans plus tard, 800 viticulteurs de Petite et Grande Champagne, fournisseurs de la marque, s’engagent dans cette démarche durable, suivis en 2020 par la totalité des partenaires de l’entreprise. Aujourd’hui, 55 % des surfaces plantées de toute l’appellation cognac sont certifiées… Un atout à l’heure où les épisodes météorologiques dévastateurs touchent les terroirs français avec la rigueur métronomique que l’on connaît. Le millésime 2021 aura ainsi souffert, selon les régions, du gel ou du mildiou, voire des deux. D’où la nécessité de trouver des parades pour limiter leurs effets dans un proche avenir.  

Qualité et respect de l’environnement

De quels ordres sont-elles ? Pour Laura Mornet, responsable conseil viticulture et R&D chez Rémy Martin, les contraintes de cette transition écologique sont multiples : « Nous devons réduire notre impact environnemental au vignoble tout en conservant la qualité des vins et des eaux-de-vie. Cette double exigence s’appuie sur de nouvelles technologies susceptibles de nous amener à pratiquer une viticulture de précision. » Crucial, certes, mais mettre en place ces méthodes sur la totalité de la zone de production de l’appellation cognac – 79 000 hectares – ne s’imagine que sur la durée. 

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Selon les prévisions, il faudra en effet attendre 2028 pour atteindre le taux de 100 % de certification HVE/CEC (Certification Environnementale Cognac). Ce qui n’empêche pas ingénieurs agronomes, oenologues, maîtres de chai et le Bureau national de l’interprofession du cognac (BNIC) de scruter de près les travaux entrepris. « Trois ans sont nécessaires pour obtenir des enseignements significatifs, souligne Laura Mornet. Notamment ceux qui concernent les nouveaux cépages obtenus par croisement, implantés en 2018 sur une surface d’un hectare à Saint-Preuil. Notre objectif : obtenir un ugni blanc (le cépage référent du cognac, NDLR) plus résistant aux turpitudes du climat et aux ravageurs de la vigne – mildiou, oïdium ou black-rot. Les premiers constats se révèlent concluants ; si le rendement est inférieur, le moût obtenu lors des dernières vendanges présente le bon profil d’un vin de distillation. »  

Innovations technologiques

Contraints chaque année aux résultats, les producteurs ont-ils les moyens de jouer la carte du « temps long », essentiel à la refonte climato-résistante du vignoble ? « Tout le monde ne va pas à la même vitesse, les non-certifiés sont souvent des petits exploitants », remarque-t-on du côté du BNIC. Mais tous les viticulteurs soutiennent la démarche encouragée par l’ensemble des grandes maisons de la place, telles Martell, Hennessy, ou encore Camus. 

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Certains vont même plus loin en participant à l’observatoire de la biodiversité ou en testant des innovations technologiques comme DeciTrait, un outil d’aide à la décision pour bâtir la meilleure stratégie phytosanitaire parcelle par parcelle. Du sur-mesure pour combattre les méfaits d’une météo devenue trop versatile. Et pérenniser les approvisionnements d’un marché mondial en croissance exceptionnelle – la filière prévoit un bond de 50 % des exportations à l’horizon de 2035… L’or ambré de la Charente n’a pas fini de couler !  

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