Cancer: supporter l’hormonothérapie 

Prescrite pour éviter les rechutes de certains cancers du sein, l’hormonothérapie s’accompagne d’effets secondaires souvent difficiles à vivre, sans aide pour les supporter.

La plupart des cancers du sein sont hormonosensibles ou hormonodépendants. L’analyse de la tumeur à la biopsie révèle la présence de récepteurs aux œstrogènes (ER+), à la progestérone (PR+) ou les deux. Ces protéines situées à la surface de la cellule cancéreuse captent les hormones féminines dans le sang. Une fois liées aux récepteurs, elles stimulent la croissance du cancer. Depuis les années 1970, la recherche a démontré que la survie est nettement améliorée si on les prive de ce carburant par des traitements dits d’hormonothérapie, mais ces derniers s’accompagnent malheureusement souvent d’effets secondaires.

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Quel bénéfice?

L’hormonothérapie peut être administrée pour stabiliser l’évolution d’un cancer du sein métastatique mais, le plus souvent, elle est prescrite, pendant 5 à 10 ans, en complément de la chirurgie des cancers localisés (après une éventuelle radio et chimiothérapie) pour éviter le risque de rechute (locale ou dans l’autre sein). Mais lorsqu’on est en rémission, une fois les traitements lourds terminés, on n’aspire qu’à se reconstruire et, si possible, à revivre comme avant, en oubliant le cancer. «Quand on ne se sent plus malade, on accepte moins facilement de souffrir pour un traitement préventif», convient le Dr Mahasti Saghatchian, oncologue médicale à l’Hôpital Américain de Paris. Premier pas indispensable pour le supporter: bien comprendre pourquoi il est donné et ce qu’il faut en attendre.

C’est difficile à accepter, mais même guéri, le cancer reste une épée de Damoclès. «Il peut rechuter jusqu’à 15 ans du cancer initial, précise le médecin. Même si on a tout enlevé en opérant, même si l’on a eu de la chimiothérapie, les cellules cancéreuses sont sournoises. Il peut en rester cachées dans d’autres organes et y attendre des années avant de développer des métastases ou un deuxième cancer du sein.» Les études cliniques ont, en revanche, prouvé que le traitement antihormonal administré en prévention secondaire des cancers hormonosensibles est un bouclier efficace. À 5 ans, les anti-œstrogènes, comme le tamoxifène, diminuent le risque relatif de rechute de moitié, et d’un tiers entre 5 et 10 ans. Les anti-aromatases, apparues dans les années 1990 et prescrites aux femmes déjà ménopausées, réduisent le risque de récidive de 65%.

Quels effets secondaires?

«Supprimer les œstrogènes n’est pas anodin», explique le Dr Delphine Wehrer, gynécologue à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif. Ils gèrent de nombreux processus dans l’organisme: de la pousse des poils lors de la puberté à la densité osseuse, en passant par les cycles menstruels, l’épaisseur de la peau et des muqueuses, dont celle du vagin, et sa lubrification. Ils contribuent aussi à réguler la température corporelle, le cholestérol. «Leur disparition perturbe tout, déclenchant une ménopause d’autant plus brutalement ressentie que, contrairement à la ménopause naturelle qui vient progressivement, le corps n’a pas le temps de s’habituer», souligne le Dr Barbara Pistilli, oncologue à l’Institut Gustave-Roussy.

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Si l’on est déjà ménopausée, l’hormonothérapie réduit le taux d’œstrogènes à zéro, ce qui rend la ménopause plus radicale et majore ses symptômes. Bouffées de chaleur, douleurs articulaires, prise de poids, troubles de la mémoire, libido en berne: la liste des effets dont les femmes se plaignent est longue et beaucoup plus invalidante que ne l’imaginent les cancérologues. Une étude, menée à l’Institut Gustave-Roussy sur 4262 femmes atteintes d’un cancer du sein localisé, et publiée en 2019 (1), a ainsi montré pour la première fois que l’hormonothérapie a des effets plus délétères, et durables, sur la qualité de vie que la chimiothérapie, 2 ans après le diagnostic. Une dégradation accentuée chez les femmes ménopausées.

Peut-on y échapper?

«De 30 à 50% des patientes tolèrent assez bien l’hormonothérapie, et certaines même ne veulent pas arrêter au bout de 5 ans. Mais une sur deux, ce qui est énorme, présente réellement des effets secondaires. Et pour un tiers d’entre elles, ils sont importants.», constate le Dr Saghatchian. Mais «toutes les femmes ne les ressentent pas tous, ni à leur maximum d’intensité», rassure le Dr Wehrer. Leur survenue dépend de nombreux facteurs, dont le type de médicament prescrit et sa durée. «Âge, séquelles de la maladie et des traitements préalables jouent aussi pour 10 à 20% des patientes. Par ailleurs, des études et des IRM ont légitimé un effet direct sur les articulations. Elles sont réellement abîmées et inflammatoires chez les femmes sous anti-aromatases.

Le Tamoxifène, en revanche, n’a pas un effet biologique important sur la sphère articulaire», estime le Dr Saghatchian. Les raideurs doivent alors plus à la ménopause induite d’un seul coup, «chez des femmes qui ont encore des vies très actives et qui n’ont jamais expérimenté de rigidités articulaires avant», souligne le Dr Pistilli. La fatigue persistante, le symptôme le plus fréquemment mis en avant dans les forums de discussion de patientes, ne peut pas entièrement être attribuée à l’hormonothérapie non plus.«Réelle et pesante, la fatigue est aussi liée au cancer lui-même, au choc psychologique, à la chimiothérapie, au changement de vie et à l’âge», énumère le Dr Saghatchian.

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La prise de poids est aussi favorisée par le parcours qui a précédé: entre fonte musculaire liée à la convalescence post-opératoire et les corticoïdes associés à la chimiothérapie, l’organisme réagit en faisant des réserves. Puis intervient l’hormonothérapie. «Dès lors, la prise de poids graduelle directement liée aux anti-aromatases se manifeste inexorablement», confirme le Dr Wehrer. «Les autres effets secondaires, qui interviennent essentiellement les 2 premières années, peuvent s’atténuer avec le temps», rassure le Dr Saghatchian.

Quelles solutions?

Quels que soient les effets ressentis, il faut en parler à son médecin traitant et aux cancérologues, même s’ils avouent se sentir parfois démunis pour y répondre correctement en consultation de suivi faute de temps. «Bien qu’elles ne soient pas magiques, rappelle le Dr Wehrer, il existe des solutions pour aider à supporter le traitement, et éviter son arrêt.»

Les bouffées de chaleur

Apparaissant dès les premiers mois, elles s’estompent avec le temps, mais sont favorisées par le café, l’alcool, les aliments épicés, le surpoids et surtout le stress. «Le yoga, la sophrologie, la relaxation ou la méditation, peuvent aider à les réduire», affirme la gynécologue. «Une méta-analyse d’études de l’acupuncture sur des survivantes de cancers du sein a démontré une réduction des bouffées de chaleur (2)», ajoute le Dr Saghatchian. Des antidépresseurs (inhibiteurs de recapture de la sérotonine), comme la venlafaxine, ont démontré leur efficacité et leur innocuité (3).

La prise de poids

C’est l’effet indésirable le plus ingrat, parce qu’il est lié à la modification du métabolisme, induite par la suppression hormonale. Seule solution: s’astreindre à une hygiène de vie exemplaire, avec activité physique régulière et soutenue associée à alimentation équilibrée, en évitant des régimes improvisés et drastiques, qui installeraient au contraire un effet yo-yo. Pour s’y tenir dans la durée, mieux vaut se faire aider d’une diététicienne pour changer ses habitudes alimentaires et se faire prescrire des séances d’activité physique adaptée (APA).

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Les douleurs articulaires

Là encore, «l’activité physique régulière se révèle, comme contre la fatigue, le meilleur remède», souligne le Dr Saghatchian. Les anti-inflammatoires (AINS) doivent être pris ponctuellement, en cas de crise aiguë. En revanche, «la duloxetine, antidépresseur de la classe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) a démontré son efficacité sur ces douleurs ostéo-articulaires induites par la suppression hormonale (4)», indique le Dr Pistilli.

La sécheresse vaginale et les difficultés sexuelles

«La libido n’est heureusement pas seulement liée aux hormones», rappelle le Dr Wehrer. La sexualité pâtit cependant de l’effet du traitement sur la muqueuse vulvo-vaginale, plus fine et moins vascularisée. Même si cela paraît délicat, ce n’est pas accessoire il est important d’aborder le sujet avec les patientes. «On conseille de se limiter à une toilette intime externe avec produit surgras, et de recourir à des crèmes vaginales à base d’acide hyaluronique, vendues en parapharmacie et sans contre-indication», explique le Dr Wehrer. Plus efficace, le laser vaginal (Mona-Lisa Touch) restaure durant 18 mois à 2 ans les parois atrophiées, en trois séances. Mais peu d’hôpitaux en sont encore équipés et, dans le privé, cela reste cher et non remboursé.

Maisons Roses Lieux d’accueil à Paris et Bordeaux de l’associaiton de patients RoseUp.

La ligue contre le cancer

Cami sport et cancer est une association proposant des séances sportives adaptées

Unicancer Réseau des centres de lutte contre le cancer

(1) Ann Oncol. 2019 ; 30: 1784-1795.

(2) Cancer Nurs. May-Jun 2016 ; 39 (3): 228-37.

(3) Clin J Onco Nurs. 2011 ; 15: 149-57.

(4) J Clin Oncol. 2018; 36: 326-332.

(5) J Clin Oncol. 2020 ; 38 (24): 2762-2772.