ces maires RN qui ne veulent pas mobiliser leur police municipale

Certains élus locaux refusent formellement de faire du «flicage».

Sous une autre forme, la fronde continue. Alors que ce samedi marquera la cinquième mobilisation contre l’extension du passe sanitaire, notamment dans les restaurants et les cafés, plusieurs maires étiquetés Rassemblement national ou à droite se rebellent. Et ordonnent à leur police municipale de ne pas faire appliquer une telle mesure, qui leur semble «liberticide», «disproportionnée», ou «inapplicable.» Des constats d’autant plus divers que le degré d’opposition varie selon les édiles.

Il y a d’abord ceux qui refusent le principe de passe sanitaire. Parmi ceux-là, David Rachline, maire RN de Fréjus (Var). Dans une tribune publiée mardi dans Valeurs actuelles, l’édile dénonce une décision «prise sans concertation avec les élus locaux.» Avant d’ajouter que ce passe aura un «impact dévastateur» sur les zones touristiques et les restaurants. Pour ne pas renforcer un «sentiment anxiogène», ses forces de l’ordre municipales ne procéderont pas à des contrôles, qu’il qualifie de «flicage», auprès du Figaro.

«C’est une obligation vaccinale déguisée»

«La méthode pose quand même problème. Nous sommes en pleine saison estivale. On n’a pas plus de Covid sur les plages ou en terrasses. Il s’agit d’une obligation vaccinale désignée, et c’est une situation qu’on ne peut pas accepter», explique-t-il. Si les restaurateurs, «appliqueront bien le passe sanitaire», selon l’élu, ils souhaiteraient juste «travailler dans de bonnes conditions et pouvoir accueillir tous leurs clients.»

Décision identique pour son homologue de Beaucaire (Gard), Julien Sanchez: «La police municipale a autre chose à faire que d’aller emmerder des gens à la terrasse d’un bar ou d’un restaurant pour aller contrôler quelqu’un qui prend 5 minutes un café… Moi je préfère que ma police gère les problèmes de sécurité.» Dans son viseur, le gouvernement, qu’il exhorte à faire intervenir «la police nationale.» «C’est une mesure qui est délirante. Qu’ils ne comptent pas sur moi pour donner cette mission prioritaire à ma police municipale», s’exclame-t-il.

Face au possible manque à gagner des restaurateurs, dû aux Français qui n’ont pas de passe sanitaire, le gouvernement a prévu un point d’étape fin août pour d’éventuelles aides financières. Pas de quoi rassurer l’édile du Gard : «On est dans l’improvisation permanente…On ne peut pas être contre le fait d’aider les commerçants, mais la meilleure façon de les aider, c’est de supprimer tout simplement le passe.»

Autre maire réticent, Fabien Engelmann, édile RN de Hayange (Moselle). Dans un communiqué publié mardi, l’élu dénonce une «mesure liberticide» et le «sectarisme du gouvernement.» «Ce n’est pas le travail de la police municipale, ni de la police nationale, que d’effectuer des contrôles afin de déterminer quelle personne a le droit ou non de boire un café ou de manger quelque chose», explique-t-il.

Mais parmi les maires récalcitrants, certains veulent se démarquer du RN. C’est le cas de Robert Ménard, maire de Béziers (Hérault) qui considère lui aussi que la police municipale « a autre chose à faire » mais qui est favorable à la vaccination obligatoire comme au passe sanitaire. «Je ne fais pas de complot à deux balles. Je ne veux pas être mêlé à d’autres maires qui refusent l’application », confie-t-il.

L’opposition des élus locaux trouve aussi des partisans chez certains maires de droite, comme Lionnel Luca, maire (LR) de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) ou Jordan Dartier, maire DVD de Vias (Hérault). Le second estime que les contrôles sont «de la responsabilité du commerçant. Pas de la police municipale.» «Je gère la deuxième station de camping d’Europe, avec beaucoup de monde en plein été. Je n’enverrai pas les policiers qui ont d’autres problèmes à gérer».

Depuis le début de la semaine, la non-présentation du passe sanitaire dans les cafés et restaurants est susceptible d’une amende de 750, forfaitisée à 135 euros si elle est réglée rapidement. En cas de manquements répétés, un professionnel s’expose à une amende de 9000 euros et un an d’emprisonnement.

Malgré le bras de fer avec certains élus locaux, l’exécutif défend cette mesure controversée au motif qu’elle permet de maintenir de nombreux lieux ouverts et de convaincre les Français récalcitrants. Avec un objectif clair: 50 millions de primo-vaccinés fin août. En attendant, les polices municipales peuvent constater des infractions mais n’ont pas d’obligation, selon le ministère de l’Intérieur, à contrôler les passes sanitaires.