les Verts espèrent choisir leur meilleur candidat

EELV lance sa primaire qui doit se tenir en septembre prochain. Et ne souhaite pas réitérer les erreurs des anciens scrutins.

Ils seront quatre sur la ligne de départ. L’eurodéputé Yannick Jadot, la députée Delphine Batho, le maire de Grenoble Éric Piolle, et l’ancienne porte-parole d’EELV Sandrine Rousseau participeront à la primaire du «pôle écologiste» en septembre 2021. Jean-Marc Governatori, candidat centriste du Cap 21, n’a pas recueilli les 28 parrainages nécessaires pour figurer parmi les candidats. L’ancienne tête de liste (Cap écologie) en PACA lors des élections régionales s’était plainte de l’exclusion du mouvement de Corinne Lepage suite à des divergences de fond sur la laïcité. Départ qui avait réduit ses parrainages. De quoi susciter des interrogations sur les fractures idéologiques d’EELV : écologie politique réaliste ou dogmatique ? Quelle ligne l’emportera ? Il faut rappeler que les primaires, à droite et à gauche, en 2016-2017, avaient désigné les candidats les plus radicaux : François Fillon et Benoît Hamon.

Des candidats en manque de notoriété

Pour afficher leur bonne entente et leur union, les candidats écolos se sont présentés côte à côte lundi 12 juillet, devant photographes et journalistes, dans la brasserie L’Européen à Paris. «Nous sommes la seule famille politique à organiser ce débat en interne et en s’adressant au pays», a fait valoir Julien Bayou, Secrétaire national d’EELV. C’est sur fond d’allocution présidentielle lundi soir que le parti présente sa primaire. Mais peu importe. Pour ses candidats, un seul objectif : il reste deux mois pour faire campagne avant le premier tour qui se tiendra sur quatre jours, du 16 au 19 septembre. Avant un deuxième, du 25 au 28 septembre. D’ici là, la plupart d’entre eux, en manque de notoriété, profiteront de l’été pour aller à la rencontre des Français. Selon le dernier sondage Ifop-Fiducial pour Le Figaro et LCI, Yannick Jadot, candidat le plus testé dans les enquêtes d’opinion, est estimé à 7% des voix. Pour Julien Bayou, qui exclut tout retrait d’EELV au profit d’une candidature commune, «il n’y a pas encore de cristallisation dans l’opinion, elle se fera en mars 2022».

Dans cette bataille, chacun joue sa partition et affûte ses arguments. Delphine Batho, ancienne ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie entre 2012 et 2013, appelle les Français à «donner de l’élan» à l’écologie politique «pour gagner l’élection présidentielle» . Et promet des débats «de haute teneur». Façon d’interpeller les autres prétendants à ne pas transformer la primaire en pugilat interne. Une crainte d’autant plus justifiée que lors des deux dernières primaires EELV, les favoris Nicolas Hulot, en 2011, et Cécile Duflot, en 2016, avaient été éliminés au profit d’Eva Joly et de Yannick Jadot. Celui-là même, ancienne tête de liste EELV aux européennes de 2019, et candidat le plus connu des Français, se positionne directement face au président de la République : «Nous incarnons l’espoir et nous avons l’impératif de gagner. 5 ans de Macron, ça suffit. La famille écologiste est unie : c’est une force pour les Français percutés par une crise sanitaire, par le dérèglement climatique et une casse sociale très forte». Surfant sur les bons résultats de son parti aux élections européennes de 2019 et par la conquête de nombreuses villes lors des élections municipales en 2020, l’eurodéputé l’affirme, comme pour s’en convaincre : «il n’y a pas de plafond de verre».

Autre candidat, Éric Piolle. Le maire de Grenoble veut s’appuyer sur son expérience locale. Pour «transformer les enjeux climatiques en emplois», il souhaite incarner le travail des mairies écologistes pour «le porter à la prochaine élection présidentielle». En clair, mettre en avant la vitrine municipale d’EELV. Quant à Sandrine Rousseau, elle souhaite s’affirmer comme candidate la plus féministe de cette primaire : «je porte une écologie qui incarne les mouvements sociaux et sociétaux (…) sur un projet progressiste et innovant». Selon elle, «il est temps qu’une femme écologiste arrive à la présidence de la République».

Après les journées d’été du parti à Poitiers (Vienne) à la mi-août, plusieurs débats télévisés seront organisés pour permettre une plus grande notoriété de la primaire. Pour voter, 3 conditions : il faudra s’inscrire en ligne d’ici le 12 septembre, avoir 16 ans et payer 2 euros sans adhésion à l’une des mouvements qui forme le «pôle écologiste». De façon assez curieuse, les organisateurs préviennent : il n’y aura pas de vérification d’identité ou de nationalité lors du vote. Seuls un mail et un numéro de téléphone suffiront. Pour l’heure, le parti a un objectif : mobiliser 100.000 à 200.000 votants. L’époque a changé, selon Julien Bayou : lors des primaires en 2011 ou 2016, «la plupart des candidats voulaient gagner en notoriété»; en 2021, les candidats «sentent le poids de la responsabilité». Dans le même temps, à 470 km de là, Anne Hidalgo, possible candidate du PS à l’élection présidentielle, rassemble ses soutiens à Villeurbanne (Rhône). L’occasion pour la maire de Paris, qui a déjà refusé l’idée de primaire commune à gauche, de commencer à s’imposer dans son camp. Avec l’enclenchement d’un rapport de force sondagier, la bataille à gauche ne fait que commencer.