Débats animés à l’Assemblée nationale autour de l’extension du passe sanitaire

L’opposition a dénoncé une «succession de semi-vérités et de mensonges éhontés» du gouvernement mais aussi «un passe qui sanctionne bon nombre de Français».

Alors que les débats ont commencé à l’Assemblée nationale sur le projet de loi d’extension du passe sanitaire, la séance de questions au gouvernement (QAG) du mardi 20 juillet s’est largement concentrée sur ces sujets. Et les débats ont été pour le moins animés. La députée Insoumise Sabine Rubin a par exemple dénoncé la «succession de semi-vérités et de mensonges éhontés» du gouvernement, qui, selon elle, ne peuvent «que jeter le trouble et la légitime inquiétude de l’opinion publique». «Comment comprendre que l’on rende la vaccination obligatoire pour les soignants et les pompiers mais pas pour les policiers? Que l’on puisse prendre un RER bondé pour aller travailler mais pas le train pour profiter de ces congés?», a-t-elle interrogé.

Une séance au cours de laquelle Damien Abad, le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, a quant à lui regretté «un passe qui sanctionne bon nombre de Français», parmi lesquels «les jeunes» qui ne «doivent pas payer» le «manque d’anticipation» du gouvernement sur le volet sanitaire. Une position exprimée par l’élu quelques minutes plus tôt lors d’une conférence de presse: «Nous souhaitons qu’une période transitoire soit mise en place jusqu’au 30 août pour permettre à ceux qui ont reçu une première dose de ne pas être contraints dans leurs activités de loisirs», a-t-il défendu.

Dans la majorité présidentielle, le projet de loi fait débat

Au cours des débats dans l’Hémicycle, la présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Valérie Rabault, qui plaide pour la vaccination obligatoire, a de son côté accusé l’exécutif de donner aux Français «une illusion de liberté qui n’existe pas encore». «Quel est exactement le nombre de doses disponibles jusqu’à fin août?», a-t-elle questionné. Un sujet également évoqué par plusieurs parlementaires lors des premiers travaux en commission des lois et sur lequel le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’est voulu rassurant. «Nous avons un stock de 6 millions de doses et jusqu’à fin août est prévue la livraison de 4,5 millions de doses par semaine», a-t-il affirmé.

Du côté de la majorité présidentielle, tout le monde n’est d’ailleurs pas sur la même longueur d’onde. Depuis quelques jours, le projet de loi anime les débats en interne. «Il y a eu quelques échanges assez animés sur les boucles Télégram (messagerie utilisée par les parlementaires, NDLR). Certains députés s’inquiètent du traitement réservé aux personnes qui ne peuvent pas être vaccinées», relate une élue. D’autres s’interrogent sur le projet de loi dans son ensemble. «Tout le monde n’y est pas forcément favorable et il y a de nombreuses discussions. Mais il faut faire front commun derrière le gouvernement dans cette période difficile», lâche un parlementaire macroniste qui s’est laissé convaincre par la prise de parole du président de la République. «J’étais bien plus favorable à l’obligation vaccinale qu’à ce passe sanitaire qui pose question sur les libertés individuelles», confie quant à elle une figure importante du mouvement présidentiel.

La députée LREM Valéria Faure-Muntian a de son côté affiché publiquement son «scepticisme». Dans Le Progrès, la parlementaire s’est interrogée «sur l’applicabilité» de l’obligation vaccinale des soignants et s’est dite «farouchement opposée à l’extension du passe sanitaire pour les actes anodins et quotidiens». «La liberté est un droit fragile, et une restriction, même temporaire pour une question sanitaire, ne saurait être prise à la légère», argumente-t-elle.

Nous devons répondre point par point à toutes les personnes qui sont en train de revisiter l’histoire de la médecine et combattre cette tendance woke sanitaire

François Jolivet, député LREM

Le député LREM François Jolivet met quant à lui en garde le gouvernement: le passe sanitaire ne doit pas, selon lui, s’accompagner de nouvelles restrictions. «Les Français n’en peuvent plus des interdictions. Nous devons avant tout faire la publicité de la vaccination. Nous devons répondre point par point à toutes les personnes qui sont en train de revisiter l’histoire de la médecine et combattre cette tendance woke sanitaire», explique-t-il au Figaro.

Le texte sera débattu et voté aujourd’hui à l’Assemblée nationale et vendredi au Sénat. En cas de désaccord entre les deux chambres, les parlementaires auront le week-end pour trouver un compromis dans une commission mixte paritaire.