Bruno Le Maire juge «excessive» l’amende de 45 000 euros

Face à la grogne des restaurateurs, le locataire de Bercy a appelé à des sanctions «dissuasives».

S’agit-il d’un premier recul ? Le projet de loi qui élargit l’application du passe sanitaire aux lieux culturels, centres commerciaux et restaurants arrive cette semaine devant le Parlement. Selon le texte présenté lundi après-midi en Conseil des ministres, puis à l’Assemblée nationale et au Sénat cette semaine, les gérants de ces lieux, qui devront contrôler leurs clients, s’exposent à une amende de 45 000 euros et un an d’emprisonnement en cas d’infraction. Un montant qui fait grincer des dents de nombreux restaurateurs, une partie de l’opposition et le premier concerné: Bruno Le Maire.

Invité de France 2, lundi 19 juillet, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance a voulu convaincre de la nécessité du passe sanitaire: «On a essayé de trouver le bon équilibre (…) Qu’est-ce qu’on veut pour la rentrée : le retour à la normale ou le retour au confinement ?» Face au montant de l’amende, ce dernier a rappelé «qu’il faut toujours des sanctions quand il y a des règles (…) qui doivent être proportionnées et excessives».

«Il faut que cette sanction soit dissuasive»

Une déclaration surprenante et qui interroge: vrai couac ou ballon d’essai ? Dans tous les cas de figure, le locataire de Bercy affirme son désaccord avec le projet de loi présenté. «45.000 euros, ça me semble excessif (…) il faut que cette sanction soit dissuasive», a-t-il souligné. Position qui n’est toutefois pas partagée par toute la majorité. Invitée de LCI, lundi matin, la députée (LREM) des Yvelines Aurore Bergé a, quant à elle, approuvé cette sanction qu’elle trouve « dissuasive (…) parce qu’on parle de la vie des Français.»

De son côté, le secrétaire d’État aux Affaires européennes Clément Beaune a affirmé, lundi matin, sur BFMTV, que l’amende était «un dernier recours». «Personne ne pense qu’un restaurateur est un criminel», a-t-il ajouté. Alors que le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a qualifié de «stratosphérique» l’évolution de l’épidémie, le ministre de l’Économie a appelé à rester «uni». Fin août, le gouvernement verra si les restaurateurs auront été affectés financièrement par le passe sanitaire. L’occasion pour Bruno Le Maire de rappeler sa ligne directrice: «Nous n’avons laissé tomber personne pendant cette crise; nous ne laisserons tomber personne.»

Dans ce contexte, la question taraude aussi l’opposition. Le député (LR) des Alpes-Maritimes Éric Ciotti a exhorté le gouvernement à être «raisonnable» et annonce le dépôt «d’un amendement pour supprimer cette peine» à l’Assemblée nationale. Le projet de loi sanitaire arrivant au parlement, les députés LFI ont appelé, lundi matin, les autres formations à s’unir autour d’eux pour saisir le Conseil constitutionnel. Les sénateurs LR et centristes, majoritaires, avaient déjà annoncé une saisine semblable la semaine dernière. Pour amadouer les oppositions et en vue d’une semaine parlementaire chargée, la déclaration de Bruno Le Maire pourrait être un premier geste.