Ces domaines de vins rosés qui ont séduit les grands patrons

De plus en plus de chefs d’entreprises investissent dans des domaines viticoles de Provence. Souvent dans une démarche patrimoniale, parfois pour faire du business, mais toujours pour le plaisir de découvrir la passionnante alchimie qui transforme le sang de la vigne en vin.

Bien avant les grands groupes de luxe, de nombreux capitaines d’industrie ont pris la barre de vaisseaux viticoles en Provence, plus sensibles aux charmes de la Côte d’Azur et de la Méditerranée qu’à ceux de l’Atlantique et du Bordelais. Le prix de l’hectare de vignes (moins de 100 000 euros pour les terroirs les plus prestigieux contre plus d’un million dans les grands crus du Médoc) et le retour plus rapide sur investissement de l’or rose ont bien sûr autant compté que la douceur du climat et l’ambiance animée des plages locales. 

Déjà, à la fin des années 1970, Jean-Louis Descours (Chaussures André, Weston…) et Paul Dubrule (Accor) cèdent aux sirènes du Luberon, mais sans attrait particulier pour les quelques arpents de vignes de leur petit paradis. Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard qu’ils se lanceront dans l’aventure. « Je n’imaginais pas devenir viticulteur, confie le cofondateur du premier groupe hôtelier mondial qui livrait ses raisins à une coopérative. Mais j’ai dû m’investir pour que le domaine arrête de perdre de l’argent ! » Avant de glisser, matois, que « pour devenir riche en faisant du vin, il faut être très riche auparavant » ! 

Entre business et passion

C’est sa passion oenophile, en revanche, qui a poussé Jean-Louis Croquet, en 1998, à se retrouver comme « Noé dans ses vignes » au milieu d’une propriété de 340 hectares dans le parc naturel du Verdon. « Je rêvais de faire le Haut Brion du Sud-Est ! », explique l’ancien PDG de BVA-Sofres et cofondateur de la radio libre RFM, qui offre à son Château Thuerry une cave de quelque 2 000 mètres carrés ultramoderne, digne des plus belles « wineries » du Nouveau Monde. Sa cuvée L’Exception n’a toujours pas l’opulence du seigneur des Graves, mais elle se laisse boire avec délice. 

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A la même époque, le Lillois Bertrand Letartre, PDG d’Anios, l’un des leaders mondiaux de l’asepsie hospitalière, inaugure également la cuverie flambant neuve de son Domaine La Rouillère, à Ramatuelle (Var). Sur la courue presqu’île de Saint-Tropez, il sera vite concurrencé, en matière d’investissements « lourds », par Vincent Bolloré, qui reprend en 2001 un cru classé moribond d’une centaine d’hectares, le Domaine de La Croix, et engage l’architecte star de Letartre, François Vieillecroze, pour construire les nouvelles installations. Vingt ans plus tard, le Tycoon breton n’est pas peu fier des vins qui sortent des vastes chais souterrains de La Croix-Valmer. 

Toujours en 2001, Philippe Austry, alors PDG fondateur de Medipep, qui regroupe plus d’une centaine d’établissements spécialisés dans la prise en charge de la dépendance, se lance dans l’aventure de la Commanderie de Peyrassol. Patrick McKillen, homme d’affaires irlandais ayant fait fortune dans l’immobilier, expose trois ans plus tard sa collection d’oeuvres d’art dans les vignes du Château La Coste, près d’Aix-en-Provence, quand Pierre Guénant, poids lourd de la distribution automobile en Europe, investit, lui, le Château Beaulieu voisin. 

Le nouveau club des patrons

La jeune appellation coteaux-varois-en-provence attire aussi les néovignerons fortunés. Comme Jean-Louis Bouchard, patron d’Econocom, groupe européen de services numériques aux entreprises, qui ne lésine pas sur les moyens, depuis 2009, pour sortir le Château Fontainebleau de sa léthargie. Avec un estimable succès.  

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Du côté de Cogolin, brille aussi le Château Saint Maur. Ce cru classé de 54 hectares en perdition a été racheté en 2011 par Roger Zannier, référence de la confection pour enfant. Sous l’impulsion de son énergique gendre, Marc Monrose, l’investisseur a englouti huit millions d’euros dans un « chai d’oeuvre » gravitaire high-tech, aussi spectaculaire que fonctionnel. 

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Parmi les autres figures entrepreneuriales du cru, Eric Bompard, le roi du cachemire, a jeté son dévolu, il y a six ans, sur la Bergerie (sic !) d’Aquino, à Tourves, propriété de 75 hectares. Comme lui, beaucoup d’autres patrons – quasi tous classés parmi les 500 plus grosses fortunes de France -, ont rejoint le club, dont la discrétion est un sésame. A tel point que le bottin des propriétaires de domaines viticoles prestigieux de la région ressemble de plus en plus à la liste d’émargement d’une assemblée générale du Medef. Pour preuve, son ancien président, Pierre Gattaz, règne aujourd’hui sur le Château de Sannes !