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“Faisons tous en sorte de protéger les femmes”, déclare le pape François

Les pasteurs trouvent « Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire » (Lc 2, 16). La mangeoire est un signe joyeux pour les pasteurs : elle est la confirmation de ce qu’ils avaient appris de l’ange (cf. v. 12), elle est le lieu où ils trouvent le Sauveur. Et c’est aussi la preuve que Dieu est à leurs côtés : il naît dans une mangeoire, un objet qu’ils connaissent bien. Il montre ainsi qu’il est proche et familier. Mais la mangeoire est un signe joyeux pour nous aussi : Jésus touche notre cœur en naissant petit et pauvre, il nous insuffle l’amour plutôt que la crainte. La mangeoire nous annonce à l’avance qu’il se fera nourriture pour nous. Et sa pauvreté est une bonne nouvelle pour tous, spécialement pour ceux qui sont à la marge, pour les rejetés, pour ceux qui ne comptent pas aux yeux du monde. Dieu vient là : aucune voie privilégiée, pas même un berceau ! Voilà la beauté de le voir couché dans une mangeoire.

Mais pour Marie, la Sainte Mère de Dieu, il n’en a pas été ainsi. Elle a dû supporter « le scandale de la mangeoire ». Elle aussi, bien avant les bergers, avait reçu l’annonce d’un ange qui lui avait dit des paroles solennelles évoquant le trône de David : « Tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père » (Lc 1, 31-32). Et maintenant elle doit le coucher dans une mangeoire pour animaux. Comment tenir ensemble le trône du roi et la pauvre mangeoire ? Comment concilier la gloire du Très-Haut et la misère d’une étable ? Pensons au trouble de la Mère de Dieu. Qu’y a-t-il de plus dur pour une mère que de voir son enfant souffrir de pauvreté ? Il y a de quoi se sentir découragé. On ne pourrait pas reprocher à Marie de se plaindre de toute cette désolation inattendue. Mais elle ne se décourage pas. Elle ne s’épanche pas mais garde le silence. Elle choisit une attitude autre que la plainte : « Marie, cependant, – nous dit l’Évangile – retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19).

C’est une façon de faire différente de celle des bergers et des gens. Ils racontent à tout le monde ce qu’ils ont vu : l’ange qui est apparu au milieu de la nuit, ses paroles concernant l’Enfant. Et les gens, en entendant ces choses, sont saisis d’étonnement (cf. v. 18) : paroles et étonnement. Marie, par contre, semble pensive. Elle conserve et médite dans son cœur. Ce sont deux attitudes différentes que nous pouvons aussi retrouver en nous. Le récit et l’étonnement des bergers rappellent la condition des débuts dans la foi. Là, tout est facile et linéaire, on s’est réjoui de la nouveauté de Dieu qui entre dans la vie en portant dans toutes ses dimensions un air d’étonnement. Au contraire, l’attitude méditative de Marie est l’expression d’une foi mûre, adulte, pas celles des débuts. Une foi qui ne vient pas de naître, une foi qui est devenue « génératrice ». Parce que la fécondité spirituelle passe par l’épreuve. De la quiétude de Nazareth et des promesses triomphantes reçues de l’ange – au commencement – Marie se trouve maintenant dans l’étable obscure de Bethléem. Mais c’est là qu’elle donne Dieu au monde. Et tandis que d’autres, face au scandale de la mangeoire, auraient été pris de découragement, elle non : elle conserve en méditant.

Apprenons de la Mère de Dieu cette attitude : conserver en méditant. Parce qu’il nous arrive aussi de devoir vivre certains « scandales de la mangeoire ». Nous attendons que tout se passe bien et puis, comme un éclair dans le ciel, survient à l’improviste un problème. Et il se crée un choc douloureux entre les attentes et la réalité. Cela arrive aussi dans la foi, quand la joie de l’Évangile est mise à l’épreuve par une situation difficile que l’on traverse. Mais aujourd’hui, la Mère de Dieu nous enseigne à tirer profit de ce choc. Elle nous montre qu’il est nécessaire, qu’il est le chemin étroit pour arriver au but, la croix sans laquelle on ne ressuscite pas. C’est comme un enfantement douloureux qui donne vie à une foi plus mûre.

Je me demande, frères et sœurs, comment accomplir ce passage, comment surmonter le choc entre l’idéal et le réel ? En faisant, précisément, comme Marie : en « conservant et en méditant ». Avant tout, Marie conserve, c’est-à-dire qu’elle ne disperse pas. Elle ne rejette pas ce qui arrive. Elle conserve chaque chose dans son cœur, tout ce qu’elle a vu et entendu. Les belles choses, comme ce que l’ange lui avait dit et ce que les bergers lui avaient raconté. Mais aussi les choses difficiles à accepter : le danger encouru d’être tombée enceinte avant le mariage, maintenant l’angoisse désolante de l’étable où elle a enfanté. Voilà ce que fait Marie : elle ne sélectionne pas, mais elle conserve. Elle accueille la réalité comme elle vient, elle ne cherche pas à camoufler, à falsifier la vie, elle conserve dans son cœur.

Et puis il y a la deuxième attitude : Comment Marie conserve-t-elle ? Elle conserve en « méditant ». Le verbe employé par l’Évangile évoque l’entrelacement entre les choses : Marie confronte des expériences différentes, en trouvant les fils cachés qui les lient. Dans son cœur, dans sa prière, elle accomplit cette opération extraordinaire : elle lie les choses belles et les mauvaises ; elle ne les sépare pas, mais elle les unit. Et c’est pourquoi Marie est la Mère de la catholicité. Nous pouvons, en forçant le langage, dire que c’est pourquoi Marie est catholique, parce qu’elle unit, elle ne sépare pas. Et ainsi elle en saisit le plein sens, la perspective de Dieu. Dans son cœur de mère, elle comprend que la gloire du Très-Haut passe par l’humilité ; elle accueille le dessein du salut, selon lequel Dieu devait être déposé dans une mangeoire. Elle voit l’Enfant divin fragile et tremblant, et accueille le merveilleux entrelacement divin de la grandeur et de la petitesse. C’est ainsi que Marie conserve, en méditant.

Ce regard inclusif, qui dépasse les tensions en conservant et en méditant dans le cœur, est le regard des mères qui ne séparent pas dans les tensions, elles les conservent et ainsi grandit la vie. C’est le regard avec lequel tant de mères embrassent les situations de leurs enfants. C’est un regard concret, qui ne se laisse pas prendre par le découragement, qui n’est pas paralysé devant les problèmes, mais qui les place dans un horizon plus large. Et Marie avance ainsi, jusqu’au calvaire, en méditant et en conservant, elle conserve et médite. Les visages des mères qui assistent un enfant malade ou en difficulté viennent à l’esprit. Comme il y a d’amour dans leurs yeux qui, en pleurant, savent insuffler des raisons d’espérer ! Leur regard est conscient, sans illusions, mais au-delà de la douleur et des problèmes, il offre une perspective plus large, celle du soin, de l’amour qui régénère l’espérance. C’est ce que font les mères : elles savent surmonter les obstacles et les conflits, elles savent insuffler la paix. Elles réussissent ainsi à transformer les adversités en opportunités de renaissance, en opportunités de croissance. Elles le font parce qu’elles savent conserver. Les mères savent conserver, elles savent maintenir ensemble les fils de la vie, tous. Nous avons besoin de personnes capables de tisser des fils de communion, pour contrer les trop nombreux fils barbelés des divisions. Et cela, les mères savent le faire.

La nouvelle année commence sous le signe de la Sainte Mère de Dieu, sous le signe de la mère. Le regard maternel est le chemin pour renaître et grandir. Les mères, les femmes regardent le monde non pour l’exploiter, mais pour qu’il ait la vie : en regardant avec le cœur, elles réussissent à tenir ensemble les rêves et le concret, en évitant les dérives du pragmatisme aseptisé et de l’abstraction. Et l’Église est mère, elle est mère de cette façon, l’Église est femme, elle est femme de cette façon. C’est pourquoi nous ne pouvons pas trouver la place de la femme dans l’Église sans la considérer dans son cœur de femme-mère. Voilà la place de la femme dans l’Église, la grande place de laquelle dérivent les autres plus concrètes, secondaires. Mais l’Église est mère, l’Église est femme. Et pendant que les mères donnent la vie et que les femmes gardent le monde, faisons tous en sorte de promouvoir les mères et de protéger les femmes. Que de violence il y a à l’égard des femmes ! Assez ! Blesser une femme, c’est outrager Dieu qui a pris l’humanité d’une femme, pas d’un ange, pas directement, d’une femme. Comme d’une femme, l’Église femme prend l’humanité des enfants.

Au début de la nouvelle année, mettons-nous sous la protection de cette femme, la Sainte Mère de Dieu qui est notre mère. Qu’elle nous aide à conserver et à méditer toute chose, sans craindre les épreuves, dans la joyeuse certitude que le Seigneur est fidèle et qu’il sait transformer les croix en résurrections. Aujourd’hui encore, invoquons-la comme l’avait fait le Peuple de Dieu à Éphèse. Nous nous mettons tous debout, nous regardons la Vierge, et, comme l’a fait le peuple de Dieu à Éphèse, nous répétons trois fois son titre de Mère de Dieu. Tous ensemble : « Sainte Mère de Dieu, Sainte Mère de Dieu, Sainte Mère de Dieu ! ». Amen.

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