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Du sol à l’espace, la traque des émissions de méthane

Sur l’écran s’affiche une photo satellite aux tons ocre. Le paysage est difficilement reconnaissable. Antoine Benoit, ingénieur chez Kayrros, décrypte l’image : nous sommes au milieu de la Russie, en 2019. Et il y a une « anomalie ». De gros pixels jaunes forment une traînée sur plusieurs dizaines de kilomètres. Première hypothèse : il s’agirait d’émissions massives de méthane, deuxième polluant derrière le CO2, mais qui dispose d’un pouvoir réchauffant 80 fois plus puissant.

Comment ce gaz s’est-il retrouvé là ? Les émissions de méthane ont plusieurs sources. Certaines sont naturelles. Les autres proviennent (à parts égales) de l’agriculture, des décharges et de la production d’énergies fossiles. Une fuite dans un gazoduc ou du torchage – qui consiste à brûler le gaz naturel s’échappant au moment de l’extraction du pétrole – peuvent ainsi en être la source.

Nouvelle génération de satellites

Revenons à notre photo satellite. Antoine Benoit la superpose à la carte des infrastructures énergétiques mondiale. Cela révèle que nous sommes à proximité d’un pipeline. Plusieurs vérifications techniques – liées au sens du vent, par exemple – confirment qu’une fuite massive de méthane à cet endroit, liée à des infrastructures énergétiques, est hautement probable.

Quelques années plus tôt, l’exercice aurait été quasi impossible. « Ces détections sont permises à la fois par une nouvelle génération de satellites et des capacités de calcul des ordinateurs que nous n’avions pas auparavant », indique Antoine Rostand, l’un des fondateurs de Kayrros. Cette entreprise tricolore se base sur les données du satellite Sentinel 5P, lancé par l’Agence spatiale européenne en 2018. Chaque jour, celui-ci réalise un tour de la Terre. Ses images sont analysées automatiquement et font ressortir les émissions de méthane anormales et massives.

Potentiel de réduction rapide

Les clients sont des autorités régulatrices, des propriétaires d’infrastructures ou encore des investisseurs. D’autres entreprises, à l’instar de la canadienne GHGSat, se positionnent sur ce créneau.

Les États aussi s’intéressent de près à cette technologie. Réduire rapidement les émissions de méthane est apparu ces dernières années comme une solution efficace pour limiter le réchauffement climatique.

« Le plus difficile est de détecter »

Les fuites au niveau des infrastructures énergétiques sont les plus rapides à réduire, selon les experts. Les entreprises ont intérêt à limiter ces émissions, dans la mesure où celles-ci occasionnent des pertes. « Le plus difficile est de détecter les fuites, explique Jonathan Banks, chargé du méthane pour l’ONG environnementale américaine Clean Air Task Force. Une fois repérées, celles-ci sont souvent peu coûteuses à réparer. »

Mi-décembre, la Commission européenne a proposé une réglementation obligeant les fournisseurs européens à surveiller leurs infrastructures et à réparer les dysfonctionnements dans les cinq jours. La Commission souhaite également interdire certaines pratiques polluantes des producteurs, comme le torchage.

Petites fuites

L’observation depuis l’espace, même si elle s’avère de plus en plus puissante, ne suffira pas à surveiller toutes les infrastructures. « La nouveauté apportée par les satellites est de pouvoir détecter les super-émetteurs, souvent situés à l’étranger, analyse Bart Wauterickx, CEO de l’entreprise The Sniffers, qui travaille à la détection des émissions de méthane depuis 2001. Au niveau européen, nous observons surtout des petites fuites, invisibles depuis l’espace. »

Les satellites s’ajoutent alors aux outils utilisés de longue date : capteurs fixés à des drones, à des voitures, caméras infrarouges qui permettaient déjà de surveiller les infrastructures énergétiques.

Importateurs

L’avenir de ces intermédiaires de la surveillance dépendra en partie des futures réglementations. En l’état, la proposition européenne ne s’applique qu’aux producteurs, non aux importateurs.

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« Nous souhaiterions qu’à l’avenir, l’obligation s’applique à tous, car les premières sources de pollution sont souvent à l’étranger, pointe Jonathan Banks, de la Clean Air Taks Force. L’Europe a les moyens de faire pression, en tant que premier importateur de gaz et de pétrole au monde. »

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