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Le vote à 16 ans écarté par l’exécutif

Dans un Sénat majoritairement acquis à la droite, le texte avait déjà été rejeté en commission des lois la semaine dernière. Il a subi le même sort ce jeudi.

Sans surprise, le Sénat a refusé ce jeudi l’abaissement du droit de vote à 16 ans. Une proposition de loi «pour un nouveau pacte de citoyenneté avec la jeunesse par le vote à 16 ans, l’enseignement et l’engagement» avait été présentée devant la Chambre haute, à l’initiative de la sénatrice du Nord Martine Filleul (PS), dans le cadre d’uneniche réservée au groupe socialiste.

Selon la sénatrice, l’abaissement de la majorité électorale aurait pourtant permis d’adresser aux jeunes Français «un message fort de confiance et de responsabilisation, de leur dire que nous voulons faire République avec eux».

Dans un Sénat majoritairement acquis à la droite, le texte avait cependant déjà été rejeté en commission des lois la semaine dernière. Il a subi le même sort ce jeudi. La rapporteur du texte, la sénatrice LR Nadine Bellurot, estime que si la nécessité de lutter contre l’abstention – élevée chez les moins de 35 ans – ne fait pas de doute, «la solution proposée ne semble pas opportune, pour des raisons à la fois juridiques et sociologiques». La sénatrice met notamment en avant le fait que l’instauration du droit de vote à 16 ans viendrait «dissocier» la majorité électorale et la majorité civile.

Ce rejet du texte fait d’ailleurs le jeu de l’exécutif. Avant même le début de la séance, Sarah El Haïry, la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, a fait état de son opposition à la proposition de loi. «Je le dis clairement: le vote à 16 ans ne permet pas de lutter contre l’abstention des jeunes. Car ouvrir un nouveau droit sans donner les moyens aux jeunes de s’en saisir, cela serait franchement démagogique», a-t-elle annoncé au Figaro. Pourtant, son collègue Clément Beaune (Affaires européennes) avait déclaré en octobre y être «plutôt favorable». Proche du chef de l’État, il avait même dit vouloir «mettre cette idée dans le débat pour la présidentielle». L’écologiste Yannick Jadot saluait alors «un réveil tardif de la majorité», quand Jean-Luc Mélenchon rappelait que cette mesure figure de longue date dans son programme. C’est également une des propositions de campagne de la socialiste Anne Hidalgo.

Je refuse de faire de ce sujet un totem

Sarah El Haïry.

«Je considère qu’être pour ou contre le vote à 16 ans, ce n’est pas être pour ou contre la jeunesse. Je refuse de faire de ce sujet un totem», répond Sarah El Haïry, qui trouve que «l’urgence est d’améliorer le parcours de citoyenneté» des jeunes. Car les primovotants boudent les urnes: 90 % d’entre eux n’ont pas participé aux dernières élections régionales et départementales de juin 2021. Un «paradoxe», se désole la secrétaire d’État, alors que les jeunes s’engagent fortement pour de très nombreuses causes.

Elle pense inverser la tendance en s’appuyant sur les élus locaux – les invitant à associer davantage les jeunes aux travaux des collectivités – et via le service national universel (SNU). Ce temps de citoyenneté propose une initiation à la vie démocratique. «Ma priorité, c’est d’abord de réconcilier les jeunes avec les urnes. Le vote à 16 ans n’est pas la baguette magique qui le permettra», argue Sarah El Haïry, mettant ainsi un point d’arrêt dans la majorité à cette proposition qui revient de façon régulière sur le devant de l’actualité.

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