lundi, août 15, 2022
18.8 C
Nantes

La Nouvelle-Calédonie face à son destin

L’archipel français choisira son avenir le 12 décembre lors d’un référendum décisif, qui s’est imposé comme un enjeu de la présidentielle et de l’après-2022.

Le tic-tac résonne depuis plus de trente ans et il va bientôt s’arrêter. Française ou indépendante? La Nouvelle-Calédonie s’apprête, dans un climat de tension et malgré l’appel des indépendantites à la non-participation, à choisir enfin son destin. Dimanche 12 décembre, les électeurs de l’archipel sont invités à se prononcer par référendum, pour la troisième et dernière fois dans le cadre de l’accord de Nouméa. Pour ce territoire du Pacifique, français depuis 1853, ce scrutin décisif représente à la fois l’ultime étape d’un long processus de décolonisation et la promesse de sortir de l’incertitude.

À moins de cinq mois de l’élection présidentielle, le dossier est revenu au premier plan dans le débat national. Surtout à droite, où plusieurs candidats ont tenu à réaffirmer leur attachement à l’archipel de 280.000 habitants, dernière présence de l’Union européenne (UE) dans le Pacifique. «Si on perd la Nouvelle-Calédonie, la France disparaîtra de la zone indo-pacifique qui est la zone d’avenir du monde», a lancé sur BFMTV le candidat au congrès des Républicains (LR), Éric Ciotti, le 14 novembre dernier, en écho à plusieurs de ses compétiteurs dont Valérie Pécresse. L’essayiste identitaire Éric Zemmour s’est aussi ému de prédations chinoises contre le territoire, le 26 octobre dernier: «La Nouvelle-Calédonie doit absolument rester française.»

L’«affaire des sous-marins», qui a généré des tensions diplomatiques entre la France et l’Australie, a ravivé les ambitions expansionnistes de la Chine dans la zone Pacifique. D’où les alertes, lancées par plusieurs candidats, sur le risque que l’archipel intègre la sphère d’influence chinoise en cas d’indépendance. D’autres rappellent ses ressources minières – en cobalt et en nickel -, ainsi que ses 1,5 million de kilomètres carrés de zone maritime exclusive, riche en ressources halieutiques.

Non-participation

Paradoxe, l’avenir de la Nouvelle-Calédonie s’impose dans les discours hexagonaux alors que l’issue du scrutin ne fait guère de doute. Les indépendantistes appellent en effet leurs électeurs à ne pas y participer. Pourtant à l’origine de la demande de référendum, ils protestent contre son maintien le 12 décembre, arguant de l’impossibilité de mener une campagne «équitable» depuis l’irruption du Covid-19 dans l’archipel en septembre dernier. Cette non-participation ouvre la voie à une troisième victoire des partisans de la Nouvelle-Calédonie française, après les consultations de novembre 2018 (56,7 % de «non» à l’indépendance) puis d’octobre 2020 (53,3 %).

Mais le dossier calédonien ne sera pas classé pour autant, tant le gouvernement se prépare à un difficile «jour d’après». Les indépendantistes ont prévenu: ils ne reconnaîtront pas les résultats et les contesteront devant l’Organisation des Nations unies (ONU). Le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a beau répéter que «le niveau de participation ne conditionne pas la sincérité d’un scrutin», l’opération fait craindre un nouveau feuilleton, voire des troubles à l’ordre public.

Autre point de vigilance pour l’exécutif, puis pour le prétendant à l’Élysée élu en avril 2022: la nécessité d’organiser la sortie de l’accord de Nouméa signé en 1998 et de dessiner les nouvelles institutions du territoire. Début juin, les responsables locaux et le gouvernement se sont accordés sur l’ouverture d’une période de transition post-référendum, conduisant à la ratification par un vote d’un nouveau statut institutionnel, d’ici juin 2023. D’autres sujets de fond – relance économique, inégalités sociales, accès à l’emploi, crise des finances locales – resteront à l’ordre du jour.

En attendant cette échéance, des voix, à droite et au Rassemblement national (RN) continuent de réclamer une prise de parole d’Emmanuel Macron en soutien à la Calédonie française, avant le scrutin du 12 décembre. Un «mauvais procès», juge l’entourage de Sébastien Lecornu.

Au sommet de l’État, on s’en remet au vœu exprimé le 20 octobre dernier par Jean Castex: le premier ministre a émis le «souhait fort que le choix des Calédoniens soit celui de la France». Quant à Emmanuel Macron, soucieux de ne pas exacerber les tensions locales, il avait annoncé en mai 2018, en visite dans l’archipel, qu’il ne prendrait pas position – «parce que ce n’est pas (sa) responsabilité», avait-il indiqué. Il avait toutefois ajouté: «La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie.»

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici