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L’orthoptie rééduque les yeux 

Véritables kinésithérapeutes des yeux, les orthoptistes dépistent et traitent les troubles visuels. Comment se passe un rendez-vous chez l’orthoptiste? Qu’est-ce qu’un bilan orthoptique? Nos réponses.

Qu’est-ce que l’orthoptie?

L’orthoptie vient du grec ortho: droit, et opto: vision. «Elle ne soigne pas les yeux, mais la vision, explique Valérie Bassons, orthoptiste à Mazamet. Si des lunettes ou des lentilles permettent de “bien” voir, un travail chez l’orthoptiste corrige les troubles visuels liés à la mauvaise coordination des mouvements oculaires par des actes de rééducation et de réadaptation.» Comme le kinésithérapeute rééduque le corps, l’orthoptiste rééduque l’œil sur prescription médicale d’un ophtalmologiste.

Qu’est-ce qu’un bilan orthoptique?

L’orthoptiste commence par réaliser un bilan sensoriel et moteur pour évaluer l’acuité visuelle et les troubles à traiter chez la personne. Ce bilan comprend différents tests de mise en situation (lecture, écriture, jeu…) ainsi que des examens oculaires (mesures de la pression intérieure de l’œil, de sa capacité à faire le point, ou encore de l’épaisseur de la cornée).

Une fois que l’orthoptiste a établi son diagnostic, il décide, en accord avec le patient, de la stratégie à adopter pour améliorer sa vue. En fonction des troubles constatés, les séances d’orthoptie peuvent s’inscrire dans le cadre d’une prise en charge pluridisciplinaire faisant appel à d’autres spécialistes: opticien, ergothérapeute, psychologue…

Pourquoi aller chez un orthoptiste?

Une vision double (diplopie), une insuffisance de convergence, une dyslexie (neurovision), une difficulté d’adaptation aux lunettes, des céphalées, mais aussi une paralysie oculomotrice faisant suite à un accident vasculaire cérébral (AVC) ou une atteinte neurologique… Les raisons d’aller voir un orthoptiste sont nombreuses et variées.

Chez l’enfant, ce spécialiste corrige le strabisme. Ce défaut d’alignement des deux yeux doit être traité précocement pour éviter l’amblyopie, qui se caractérise par une différence d’acuité visuelle entre les deux yeux. «Cette complication n’est pas liée à l’œil lui-même, mais à un mauvais développement de sa vue, souligne Valérie Bassons. L’un des yeux, appelé œil paresseux, transmet des images qui sont de qualité insuffisante pour être traitées par le cerveau. Ce phénomène entraîne, à terme, une très mauvaise vision de l’œil dévié et une dégradation de la vue globale.»

Chez l’adulte, la vision, souvent trop sollicitée, et une absence de correction optique peuvent entraîner une fatigue visuelle et des gênes au quotidien. On parle de déséquilibre binoculaire. Le traitement orthoptique consiste à réaliser des exercices de gymnastique des yeux pour travailler les mouvements oculaires et la sensorialité.

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Chez la personne âgée, la rééducation de l’œil ne vise plus à récupérer de la vision, mais plutôt à utiliser celle qui reste, lorsqu’elle baisse. L’orthoptiste intervient notamment pour aider les patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), première cause de malvoyance après 50 ans. Il peut aussi prendre en charge des pathologies plus rares, comme la rétinite pigmentaire, ou des maladies oculaires qui se compliquent avec l’âge comme la rétinopathie diabétique. «L’orthoptiste met alors en place des stratégies compensatrices qui permettront de mieux fonctionner dans la vie quotidienne, indique Cécilia Coen, orthoptiste à l’Institut de la Vision à Paris. Il fait réaliser des exercices dont certains seront à poursuivre à domicile et peut proposer d’aller voir un opticien spécialisé pour acquérir un matériel d’aide optique adapté (systèmes de loupes, systèmes télescopiques…).»

Ces aides optiques permettront de lire des caractères plus petits et l’orthoptiste apprendra au patient à les utiliser de manière optimale. «Tandis que la DMLA entame la vision centrale, la rétinite pigmentaire, elle, grignote la vision périphérique au point que le patient finit par voir à travers un tube de plus en plus étroit qui lui aussi finit par disparaître, précise Valérie Bassons. Ces rééducations ont pour but de potentialiser le peu de vision restante, elles reposent sur la motivation et l’engagement du malade.»

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De nouvelles compétences, dont le renouvellement des lunettes

Les orthoptistes ne cessent d’élargir leurs compétences. Depuis un décret du 7 décembre 2016, ils peuvent assurer une préconsultation, procéder à l’irrigation de l’œil et à l’instillation de collyres, suivre un patient pour son glaucome, faire un fond d’œil pour dépister un glaucome ou une rétinopathie chez un diabétique.

En 2017, ils ont été autorisés à prescrire ou renouveler les prescriptions des dispositifs médicaux d’orthoptie, hors verres correcteurs d’amétropie et lentilles de contact oculaires correctrices (filtre d’occlusion partielle, prisme souple autocollant, rondelle oculaire stérile, loupe destinée aux personnes amblyopes de moins de 20 ans…).

Enfin, depuis avril 2020, ils peuvent délivrer des ordonnances pour renouveler ou adapter des lentilles de contact ou des lunettes et des verres correcteurs, à condition de réaliser un examen de la réfraction. L’ordonnance a une validité d’un an pour les moins de 16 ans ; quand elle concerne un renouvellement de lentilles, sa validité est de 3 ans pour les plus de 16 ans ; pour un changement de lunettes, elle est de 5 ans pour les patients de 16 à 42 ans et de 3 ans pour les plus de 42 ans.

Un bilan visuel simple

Le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale de 2022 a souhaité aller plus loin. Un amendement voté le 22 octobre 2021 devrait permettre aux patients qui exigent un bilan visuel simple ou une correction faible de leur vue de consulter directement les orthoptistes, sans prescription médicale. Si la profession, dans son ensemble, salue une «victoire pour améliorer l’accès aux soins visuels», certains orthoptistes, à l’instar de Valérie Bassons, s’en inquiètent: «De nombreuses personnes qui font déjà l’économie de l’ophtalmologie iront voir l’orthoptiste pour un renouvellement de lunettes, mais qu’en sera-t-il d’un examen clinique sérieux? Ne risque-t-on pas de passer à côté d’un glaucome insidieux?»

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Une évidence, semble-t-il, pour le Snof, le principal syndicat d’ophtalmologistes. «Toute la profession est opposée à cette mesure», affirme Thierry Bour, son président, jugeant que les orthoptistes ne sont pas «assez formés» pour cette responsabilité. Cette mesure risque d’aboutir à la «démédicalisation du suivi d’une partie de la population» alors même que leurs délais de rendez-vous sont de nouveau en baisse.

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