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Un choc à la tête n’est jamais anodin 

Principalement provoqués par un accident de la route ou une chute, les traumatismes crâniens peuvent entraîner une souffrance cérébrale. Comment savoir si un choc à la tête est grave? Quelles sont les conséquences?

Daniel taillait le tilleul de son jardin… C’est tout ce dont il se souvient après s’être «réveillé» allongé sur la pelouse, avec une grosse bosse derrière le crâne. «J’imagine que l’échelle a glissé, car elle était par terre à côté de moi. Heureusement qu’elle ne m’est pas tombée dessus.» Plus de peur que de mal donc, mais Daniel admet que cette chute l’a «bien secoué». En France, chaque année, plus de 150 000 personnes seraient victimes d’un traumatisme crânien, c’est-à-dire d’une souffrance cérébrale provoquée par un choc plus ou moins violent sur la tête, à l’occasion d’une chute, d’un accident de la circulation ou d’une maltraitance (bébés secoués).

Qui sont les personnes les plus à riques?

Les personnes les plus à risques sont les hommes, les jeunes enfants (0-4 ans), les jeunes adultes (15-24 ans) et les 65 ans et plus. En effet, plus on vieillit, plus on est vulnérable. L’incidence des traumatismes crâniens chez les 75 ans et plus est ainsi multipliée par deux chez les hommes et presque par trois chez les femmes par rapport aux 65-74 ans

Quelles sont les conséquences d’un choc à la tête?

Les conséquences sont plus ou moins lourdes, d’une simple bosse, qui se résorbe spontanément, au coma. Concrètement, un choc à la tête peut entraîner deux types d’atteinte cérébrale: soit le cerveau a heurté la boîte crânienne (la cavité osseuse qui le protège) soit il s’est déplacé à l’intérieur de celle-ci à la suite d’un freinage brutal (phénomène d’accélération-décélération) ou d’une forte secousse (bébé secoué). Dans les deux cas, cela se traduit, a minima, par un état confusionnel (on est «sonné») ou une perte de connaissance, et plus rarement par un coma.

Deux types d’atteinte cérébrale

«Les conséquences les plus redoutables sont une compression du cerveau, notamment de la région médiane (zone de l’éveil) ou des lésions dans le système de câblage», explique le Dr Edwige Richer, neurologue spécialisée en médecine physique et réadaptation fonctionnelle, présidente du Réseau aquitain des traumatisés crâniens (RATC).

Dans le premier cas, le choc a provoqué une hémorragie interne, c’est-à-dire un épanchement de sang entre le crâne et le cerveau, ou un œdème dû à une accumulation de liquide dans les cellules cérébrales qui fait «gonfler le cerveau et empêche les neurones de fonctionner».

Dans le second cas, les axones, des «câbles» qui transmettent les signaux électriques entre les neurones, ont été étirés ou cisaillés et la transmission ne se fait plus correctement. Lorsque ces lésions cérébrales sont irréversibles, elles entraînent des séquelles physiques (hémiplégie, perte de la parole, de la motricité) et neurologiques (changement de personnalité, traits de caractère exacerbés, fatigabilité, épilepsie, troubles cognitifs importants, dépression, névrose, psychoses…). L’ensemble de la famille et l’entourage de la victime sont alors aussi touchés.

Quel que soit le type d’atteinte, la personne souffre toujours d’une amnésie définitive du choc: elle ne se rappelle pas l’accident, car les souvenirs n’ont pu être encodés. S’il y a eu, en plus, une perte de connaissance, cette dernière est également toujours suivie d’une amnésie post-traumatique qui peut varier de quelques minutes à plusieurs heures. Même si la personne est capable de donner son nom, son âge et son adresse, elle peut très bien ne pas se rappeler de ce qui s’est passé après l’accident.

Une amnésie chez tous les traumatisés

Le Dr Richer se souvient ainsi de ce motard renversé par une voiture, qui a rempli un constat d’accident, mais qui, une heure après, demandait ce qui lui était arrivé. Quelquefois même, la personne qui a subi un traumatisme crânien peut avoir oublié ce qui a précédé le choc: par exemple, elle ne se souvient plus être montée sur une échelle ou avoir quitté son domicile en voiture. On parle alors d’amnésie rétrograde.

Autre signe constant chez les traumatisés crâniens dits «légers»: le syndrome post-commotionnel. La personne souffre de troubles de l’équilibre, de la mémoire, de la concentration, du sommeil, de fatigue, d’irritabilité, de maux de tête, de vertiges positionnels plus ou moins importants. Cet ensemble de signes disparaît le plus souvent progressivement dans le mois suivant, mais il peut perdurer.

Comment savoir si un choc à la tête est grave?

«La gravité d’un traumatisme crânien dépend en fait de trois critères: la durée et la profondeur de la perte de connaissance initiale, la durée de l’amnésie post-traumatique, et la présence ou non de lésions cérébrales», souligne la neurologue. La prise en charge varie selon la sévérité des troubles.

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Si la personne n’a pas perdu connaissance ou si sa perte de connaissance a été brève, on lui recommandera d’être vigilante face à toute apparition de symptômes inhabituels. En présence de maux de tête ou de douleurs, des antalgiques suffiront en attendant de consulter son médecin dans les jours suivants.

Si des symptômes persistent plus d’un mois après l’accident, il pourra prescrire de la rééducation avec un kinésithérapeute, éventuellement un accompagnement psychologique lorsque le syndrome post-commotionnel est devenu envahissant. «Dans les traumatismes crâniens légers, lorsque ce syndrome persiste plus de 3 mois, on trouve en général d’autres facteurs qui le renforcent, observe le Dr Richer. La personne traversait des difficultés personnelles ou professionnelles au moment de l’accident qui ne font qu’accentuer ce syndrome qui prend plus de place.»

Dans les cas sévères, lorsque la personne a été conduite aux urgences, elle bénéficiera d’un examen clinique et d’un scanner cérébral. Si l’examen d’imagerie révèle une hémorragie ou un œdème, l’administration de médicaments ou une intervention chirurgicale sous anesthésie générale sera nécessaire pour évacuer l’épanchement de sang ou ponctionner l’hématome. La personne dans le coma sera hospitalisée en réanimation aussi longtemps que nécessaire.

Quand elle en sortira, elle devra faire de longs mois de rééducation avec une équipe pluridisciplinaire: orthophoniste, kinésithérapeute, ergothérapeute, spécialiste de la médecine physique et de réadaptation… Ce travail, nécessaire pour tenter de récupérer ses facultés physiques et cognitives, peut se poursuivre pendant plusieurs années. En effet, des circuits fonctionnels cérébraux endommagés par le choc se remettront à fonctionner.

Quant aux cellules irrémédiablement détruites, leur absence sera dans certains cas palliée. «Grâce à la rééducation, on va solliciter d’autres neurones non spécialisés, qui vont progressivement changer de rôle, prendre le relais des neurones détruits et assumer leurs fonctions, indique le Dr Richer. Ils ne seront jamais aussi performants que les neurones initiaux mais avec beaucoup de stimulation, on observe des progrès, même des années après le traumatisme crânien.»

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