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La maire écologiste de Strasbourg bannit le foie gras des réceptions officielles

Au nom du bien-être animal, Jeanne Barseghian a décidé de se passer d’un des produits phares de l’Alsace pour ses événements municipaux.

À la veille du lancement officiel, ce vendredi 26 novembre, de l’opération « Strasbourg, capitale de Noël », la nouvelle va faire jaser dans les allées du Marché de Noël. Au détour d’un entrefilet discret paru dans les Dernières nouvelles d’Alsace, on apprend que « la Ville ne servira plus de foie gras lors des événements officiels ». En amont de la Journée mondiale contre le foie gras, ce jeudi, l’association animaliste PETA a envoyé un panier de « faux gras » à la mairie, pour « la remercier de son engagement pour les animaux ».

La décision, qui relève du pouvoir discrétionnaire de l’édile, n’a jamais été débattue en conseil municipal. Ni fait l’objet d’une communication. Elle était passée inaperçue. « Jusque-là, le foie gras était servi assez parcimonieusement, sur des canapés ou parfois en entrée lors de dîners », apprend-on du côté de la Ville. Dès son arrivée en 2020, Jeanne Barseghian, qui est végétarienne, avait demandé au service du protocole de supprimer le foie gras, « au nom du bien-être animal ».

L’élue écologiste se dit particulièrement attentive « au débat qui a eu lieu en juin au Parlement européen et qui vise la suppression progressive de l’élevage en cage des animaux d’ici 2027, au sein de l’Union européenne ». Sauf qu’elle touche à une tradition bien ancrée et à l’un des symboles de la région. Même si elle se défend, au vu des premières réactions, de vouloir dissuader les amateurs de goûter au foie gras du Marché de Noël…

Les producteurs craignent des répercussions

« C’est une annonce un peu surprenante, un jour avant l’ouverture du Marché de Noël. Notre association y a des stands », s’agace Nicolas Lechner, président des producteurs de foie gras d’Alsace – une douzaine d’agriculteurs – qui élèvent canards et oies pour les transformer. Mais la filière est plus importante, certains éleveurs ayant des productions annexes.

« Va-t-elle déboulonner la Gänseliesel au Parc de l’Orangerie ? » interroge-t-il, en faisant référence à la statue sculptée en 1898 de la jeune fille qui conduit un troupeau d’oies. Nicolas Lechner insiste sur le cahier de charges que suivent les producteurs, qui fixe « l’accès permanent à un parcours et à l’eau potable ». Selon lui, « le problème viendrait plutôt des menaces de grippe aviaire… »

Dirigeant de la 5e génération de l’entreprise familiale Georges Bruck, Vincent Heusch rappelle qu’« au 19e siècle, Strasbourg a été connue comme la capitale du foie gras ». Vers 1780, le cuisinier Jean-Pierre Clause avait inventé le pâté de foie gras d’oie pour un repas offert par le maréchal de Contades. « Depuis, le foie gras a été inscrit au patrimoine culturel et gastronomique français », poursuit le chef d’entreprise qui craint « des répercussions pour un marché de niche ». Ils ne sont plus que deux acteurs importants en Alsace, Georges Bruck et Feyel-Artzner, pour qui Noël représente une partie essentielle de leur chiffre d’affaires.

« Va-t-on supprimer tout produit animal, viande et poissons, des tables officielles ? Est-il normal que la maire de Strasbourg impose un choix personnel ? », interroge Vincent Heusch, en regrettant qu’ « elle ne soit jamais allée voir comment se passe le gavage». Il aurait pu, comme il l’a fait pour des clients anglais, « lui montrer que les palmipèdes vivent en liberté et ne sont dans des parcs collectifs pour le gavage que les quinze derniers jours ».

Pour autant, le foie gras aura encore droit de cité à Strasbourg. Du moins à la région Grand Est. « Le foie gras d’oie fait partie des produits du terroir, la tradition est liée à Noël et à l’Avent », rappelle volontiers le président Jean Rottner.

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