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Bachar Al Assad de retour sur la scène arabe

En 2011, quand montait l’insurrection contre Bachar Al Assad, réprimée dans le sang, mais soutenue par les Occidentaux, peu d’observateurs avaient misé sur la survie politique du président syrien. Mais 600 000 morts et des millions de déplacés plus tard, le régime d’Assad est toujours là. Certes, l’autocrate règne sur un pays transformé en champs de ruines, géré par procuration par Moscou et Téhéran. Mais il retrouve peu à peu sa place sur la scène régionale, grâce au soutien de ses voisins arabes.

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Le front anti-Assad se fissure

Le président syrien a ainsi reçu mardi 9 novembre le chef de la diplomatie émirienne, Abdallah Ben Zayed Al Nahyane, en visite officielle, la première du genre depuis 2011. Les Émirats, qui jugent « le retour de la Syrie dans le contexte régional indispensable », avaient posé les premiers jalons de cette réhabilitation en rouvrant leur ambassade à Damas fin 2018. « Une sérieuse brèche est alors apparue dans le front anti-Assad », souligne Fabrice Balanche, géographe, spécialiste de la Syrie.

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« La crise libanaise a changé la donne pour Damas »

Autre moteur de cette « dédiabolisation », la Jordanie, qui a rouvert sa frontière avec la Syrie fin septembre. Grand allié de Washington, Amman a aussi plaidé auprès du président Joe Biden pour que les sanctions prévues par le Caesar Act ne s’appliquent pas à l’accord régional permettant d’acheminer du gaz égyptien de la Jordanie au Liban via la Syrie. « La crise libanaise a changé la donne. Le fait que Damas soit ainsi sollicité l’a remis au centre du jeu et va dans le sens d’une normalisation », note Ziad Majed, chercheur et politiste, professeur à l’Université américaine de Paris.

Chaque État ajuste sa posture à l’égard de la Syrie selon ses intérêts propres. Le Liban attend des retombées économiques. L’Égypte cherche des débouchés pour son gaz et estime qu’une réhabilitation de Bachar Al Assad permettra de contenir l’influence turque. Les monarchies du Golfe font le même calcul avec l’Iran et lorgnent le marché de la reconstruction. La Jordanie souhaite rétablir des axes de transports vers la Turquie et l’Europe, et renvoyer une partie des réfugiés syriens qu’elle accueille.

Pas de problème éthique avec Assad

Avec un tel élan régional, la réintégration de la Syrie dans la Ligue arabe, qui l’avait suspendue le 12 novembre 2011, n’est plus taboue. Les Émirats arabes unis et l’Égypte plaident dans ce sens et les Saoudiens n’y seraient plus complètement hostiles. Seul le Qatar manifeste une opposition franche à cette normalisation en marche. « Ce n’est pas fait, mais la plupart des pays arabes n’ont pas de problème éthique au sujet d’Assad, ce sont des criminels comme lui, estime Ziad Majed. Ils hésitent vis-à-vis des acteurs internationaux. »

Même les États-Unis ne semblent plus en mesure de s’opposer à ce retour sur l’échiquier régional. Un officiel américain a récemment affirmé au Washington Post que l’administration Biden ne chercherait plus activement à empêcher les pays de coopérer avec Damas. Le secrétaire d’État, Antony Blinken, a certes rectifié le tir – et le département d’État l’a répété le 9 novembre – en déclarant que Washing­ton « n’a pas l’intention (…) d’exprimer un quelconque soutien aux efforts visant à normaliser les relations ou à réhabiliter monsieur Assad. »

Moins de pression sur les pays arabes

Mais « avec l’élection de Joe Biden, il y a beaucoup moins de pression sur les pays arabes, qui en profitent », constate Fabrice Balanche. « Il n’y a pas eu de vrais changements dans la politique syrienne des États-Unis depuis 2016 et Trump », confirme Ziad Majed. Le piteux désengagement américain d’Afghanistan et le bras de fer avec la Chine ont laissé aux pays arabes le sentiment qu’ils avaient les coudées franches.

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Le régime, qui lorgne un retour en grâce au-delà du seul monde arabe, aura toutefois du mal à l’obtenir. « Tous les dossiers juridiques, les rapports sur l’utilisation d’armes chimiques et les crimes de guerre rendront difficile une normalisation internationale », juge Ziad Majed. Bachar Al Assad peut déjà se féliciter du retour de son pays au sein d’Interpol, au grand dam des millions de Syriens forcés de fuir à l’étranger ces dernières années.

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Rouvrir ou non son ambassade à Damas, un dilemme européen

La plupart des ambassades européennes ont gardé portes closes depuis 2012, à l’exception de la République tchèque, qui n’a jamais fermé la sienne.

Et si l’Union européenne exclut fermement toute normalisation avec le régime syrien, certains États ont rouvert leur représentation ou prévoient de le faire.

La Grèce a franchi le pas avant l’été. Chypre devait lui emboîter le pas. Les deux pays avaient jusqu’à présent gardé un chargé d’affaires, tout comme la Hongrie. La Serbie a indiqué son intention de renvoyer un ambassadeur prochainement dans la capitale syrienne.

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