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Au Pakistan, accord controversé entre un parti islamiste et le gouvernement

Un accord, et beaucoup de questions. Le gouvernement pakistanais a annoncé le 31 octobre s’être entendu avec le parti islamiste Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP) qui, depuis un an, organise de violentes manifestations pour réclamer la rupture des relations diplomatiques avec la France. Islamabad espère ainsi mettre fin à une crise ayant déjà fait plusieurs dizaines de mort.

Mais l’opposition s’inquiète déjà des conséquences d’un accord dont les termes exacts n’ont toujours pas été révélés, mais qui pourrait comprendre la libération du chef de mouvement, Saad Hussain Rizvi, arrêté en avril 2021 après que les autorités ont déclaré le parti hors-la-loi.Plusieurs centaines de sympathisants du groupe avaient déjà été libérés au 2 novembre, d’après une déclaration du porte-parole de la police de la province du Pendjab à l’AFP. « Pourquoi le contenu de l’accord sera-t-il révélé “au moment approprié” ? Une paix avec l’État sous quelles conditions ? » s’est ainsi indignée dimanche 31 octobre sur Twitter la sénatrice pakistanaise Sherry Rehman.

« Encore une fois, le gouvernement paraît très faible » souligne Gilles Boquérat, spécialiste du Pakistan et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. « Le TLP est soi-disant interdit depuis le printemps, mais est toujours reconnu par la commission électorale (…) le pouvoir arrête leur chef en avril, et ils vont vraisemblablement bientôt obtenir sa libération, le gouvernement recule à chaque fois », ajoute l’analyste.

Reculade des autorités

D’après les informations de la presse locale, le TLP cesserait en échange de la libération de leur leader de réclamer la rupture des relations diplomatiques avec Paris et l’expulsion de l’ambassadeur français. Une demande qui a elle-même fait suite à une déclaration d’Emmanuel Macron en octobre 2020 prenant la défense des caricatures de Mohammed. « Il est inexplicable que le gouvernement cherche à garder secret les termes de cet accord, a critiqué dans un éditorial Dawn, quotidien anglophone de référence dans le pays, à moins bien sûr qu’il ne réalise qu’il a été conclu à son détriment. »

La reculade des autorités vient en tout cas illustrer les difficultés du pouvoir pakistanais à gérer ce parti fondamentaliste mais relativement populaire, à l’initiative de manifestations ayant entraîné la mort de plusieurs dizaines de personnes depuis le début de l’année. Le 21 octobre, plusieurs milliers de partisans du groupe ont entamé une marche depuis Lahore vers la capitale d’Islamabad, près de 400 kilomètres au nord, pour réclamer la libération de leur chef et de plusieurs centaines de membres du groupe accusés de terrorisme.

Optique des prochaines élections

La démonstration de force, ponctuée d’affrontements ayant fait plusieurs centaines de blessés et causé la mort d’au moins sept policiers, a aussi paralysé plusieurs villes de la province du Pendjab lorsque les manifestants ont bloqué l’une des principales autoroutes de la région. Le déploiement en fin de semaine dernière de troupes paramilitaires du ministère de l’intérieur ainsi que la menace de « conséquences » si les quelque 5 000 manifestants continuaient leur marche vers Islamabad a, au final, débouché sur l’ouverture de négociations durant le week-end et l’annonce d’un accord le dimanche.

→ RELIRE. Le Pakistan annonce l’interdiction d’un parti islamiste au cœur de manifestations anti-France

« Il faut aussi voir cet accord dans l’optique des prochaines élections qui auront lieu au plus tard en 2023, le PTI [parti du pouvoir] n’a pas envie de se mettre à dos un groupe politique qui représente une force non négligeable », estime Gilles Boquérat. « Mais, ajoute le chercheur, c’est évident que l’image du Pakistan à l’international ne va pas en ressortir grandie. »

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