mercredi, août 10, 2022
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Un Euro de football inadapté à la pandémie

Editorial du « Monde ». Est-ce bien raisonnable ? Les demi-finales de l’Euro de football 2021 (le 6 et 7 juillet) et la finale (le 11 juillet) se joueront à Londres dans un stade de Wembley très rempli, au moment où la propagation du variant Delta du SARS-CoV-2 prend des proportions inquiétantes en Angleterre.

La situation invite à s’interroger sur l’organisation de la compétition par l’Union des associations européennes de football (UEFA). Depuis le début, celle-ci se révèle inadaptée à la situation sanitaire. C’est Michel Platini, ex-président de l’instance dirigeante du football européen, qui avait eu l’idée de cet Euro éclaté dans onze villes, de Bakou à Glasgow, en passant par Copenhague. Pour les 60 ans de la compétition, il s’agissait de donner la possibilité à des pays de l’accueillir au moins une fois dans leur histoire. La pandémie a transformé cette généreuse idée en casse-tête sanitaire.

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L’UEFA rêvait de faire de l’événement, déjà reporté d’un an pour cause de Covid-19, le symbole d’un retour à la vie sportive d’avant. La prudence aurait voulu que les ambitions de la formule initiale soient revues à la baisse en fonction du contexte sanitaire. Pourtant, pour des questions d’image, la compétition a tenu à encourager des foules entières de supporteurs à sillonner l’Europe, devenue ainsi un terrain de jeu idéal pour la circulation du virus. Pis, l’instance a exercé une pression auprès des villes d’accueil pour maintenir des jauges minimales dans les stades, en dépit de l’évolution de la pandémie.

Manque de cohérence

Ces exigences ont ainsi conduit Dublin et Bilbao à renoncer à organiser des matchs. Séville, Londres et Saint-Pétersbourg se sont partagé ceux initialement planifiés dans la capitale irlandaise. En Russie, des supporteurs finlandais ont été à l’origine d’un foyer de contaminations. A leur retour, face à l’envolée du nombre de cas, le maire d’Helsinki a renoncé à lever les restrictions sanitaires comme cela était prévu. Parallèlement, les autorités écossaises font état de 2 000 contaminations de personnes liées à l’Euro. En cause, le brassage de population dans mais, surtout, aux abords des stades.

Le protocole sanitaire a parfois péché par manque de cohérence. Si officiels et journalistes étaient tenus de porter le masque, en revanche, en tribune, le public était vaguement rappelé à l’ordre sur les gestes barrières par écran géant interposé, avec le succès qu’on imagine. A cela s’ajoutent des préconisations peu claires concernant les tests anti-Covid et des contrôles très aléatoires aux frontières terrestres ainsi qu’à l’entrée de certains stades.

Quant aux jauges de public, la pandémie n’a visiblement pas été le critère prioritaire. L’UEFA a déterminé que, pour les trois derniers matchs à Londres, la limite serait de 60 000 spectateurs, soit 75 % de la capacité du stade. L’instance a refusé de se faire dicter sa conduite par l’OMS, par la Commission européenne, par la chancelière allemande, Angela Merkel, ou encore par le président du conseil italien, Mario Draghi, alors que tous ont exprimé des réserves sur une telle concentration humaine dans un pays où l’épidémie repart.

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Seule concession, le nombre de supporteurs non britanniques sera limité, puisqu’une quarantaine leur a été imposée, les empêchant d’assister au dernier carré. Cette décision compréhensible sur le plan sanitaire l’est beaucoup moins sur le plan sportif en avantageant outrageusement l’équipe d’Angleterre. Celle-ci aura finalement joué un Euro quasiment exclusivement à domicile. Décidément, la fête européenne du football rêvée par Michel Platini aura eu du mal à tenir ses promesses.

Le Monde

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