mardi, juillet 5, 2022
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Les épineux défis de la COP26 à Glasgow

« À quoi ça sert, au fond, une COP ? » L’interrogation revient à chaque Conférence des parties sur le changement climatique. Mais on peut aussi retourner la question. Où en serait la lutte pour le climat sans ces rencontres de haut niveau, qui placent les enjeux climatiques au centre du jeu mondial – cette fois, du 31 octobre au 12 novembre, à Glasgow ? Loin, sans doute, des acquis obtenus. S’ils ne sont pas spectaculaires, si les émissions mondiales de CO2 continuent d’augmenter, la dynamique vers un monde bas carbone est engagée.

→ EXPLICATION. COP26 : à quoi sert une conférence climat ?

« Il faut voir le verre à moitié plein, estime ainsi Henri Waisman, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et membre du Giec. Grâce à l’accord de Paris de 2015, qui demande que les États revoient leurs engagements à la hausse tous les cinq ans, il y a eu des progrès et une appropriation collective. Même des pays comme l’Indonésie se sont dotés d’une stratégie climat – visant la neutralité carbone en 2060. Qui aurait imaginé cela, il y a peu ? »

D’après l’Iddri, une soixantaine d’États et plus de 1 000 entreprises se sont engagés à la neutralité carbone, souvent à l’horizon 2050.

Les COP, d’indispensables jalons

« Insuffisant ! », diront beaucoup. De fait, la trajectoire de réchauffement se situe encore à 2,7 °C en 2100, selon l’ONU, très loin de l’objectif de l’accord de Paris de rester bien en dessous de 2 °C, et de préférence à 1,5 °C. Avec des émissions qui risquent de grimper de 16 % d’ici à 2030 alors qu’elles devraient baisser de 45 %… Il n’empêche : dans un monde perclus de rivalités – et sans « gendarme mondial » –, les COP s’avèrent d’indispensables jalons.

Qu’est-ce qui se joue, cette fois ? La COP26 est la plus importante depuis 2015, car elle clôt le premier cycle de cinq ans – qui sera finalement de six ans, Covid oblige. Autrement dit, elle doit pousser les États à relever leurs objectifs, alors que certains se montrent peu allants.

« Sur 144 engagements révisés, une soixantaine ont une ambition égale ou moindre », déplorait Lola Vallejo, à l’Iddri, le 20 octobre. Le lendemain, le secrétaire général de l’ONU en appelait au « sens des responsabilités » pour éviter un « désastre ».

Au G20, une première impulsion

Lola Vallejo compte sur le rôle « d’accélérateur politique » de la COP. Dès lundi 1er et mardi 2 novembre, de nombreux chefs d’État et de gouvernement sont attendus en Écosse, dont Emmanuel Macron. Et cette fin de semaine, à Rome, le G20 devrait donner une première impulsion. Les pays se montrant frileux devront ainsi en répondre devant le collectif.

« La presse et la société civile sont très importantes pour mettre la pression sur les dirigeants », remarque la chercheuse de l’Iddri. L’Australie, par exemple, qui a tout le potentiel pour développer les renouvelables, pourrait avoir du mal à justifier sa position pro-charbon. « La COP est un cadre de redevabilité », résume-t-elle.

Même la Chine, qui n’aime guère que l’on dicte son agenda, y joue son « sérieux » sur la scène internationale, complète Henri Waisman. Elle s’est déjà engagée à la neutralité carbone en 2060 et à ne plus financer de centrales électriques à charbon à l’étranger.

Un contexte tendu entre Nord et Sud

Autre élément clé de la dynamique : les coalitions sectorielles. La présidence britannique de la COP26, qui s’est positionnée sur l’agroalimentaire et la voiture électrique, mettra États et industriels autour de la table. « L’acier zéro carbone pourrait aussi être un sujet important à Glasgow, sous l’impulsion de l’Afrique du Sud, avance Henri Waisman. Des solutions techniques émergent, mais nécessitent une vraie coopération. »

Reste qu’il faut restaurer la confiance, dans un contexte tendu entre Nord et Sud. D’abord parce que les 100 milliards de dollars promis aux pays du Sud dès 2020 n’y sont pas – les financements climat ont plafonné à 79,6 milliards en 2019, d’après l’OCDE. Ensuite parce que le manque de solidarité vaccinale a laissé des traces. « Le Covid a creusé les inégalités. Ce n’est pas anodin dans cette enceinte », observe Lola Vallejo, en rappelant que la force des COP est, précisément, de mettre les pays sur un pied d’égalité. « Or certaines délégations du Sud risquent d’être moins nombreuses à cause du Covid… »

Cette confiance – retrouvée ou non – pèsera sur les négociations. Et notamment sur deux sujets épineux, qui ont trait aux règles d’application de l’accord de Paris. D’une part, le projet de création d’un marché mondial du carbone. D’autre part, les règles de transparence. Aujourd’hui, « les feuilles de route des pays n’ont pas de règles communes, chacun fait un peu comme il veut », observe le consultant en énergie Stéphane His.

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La COP la plus importante depuis 2015

La « COP » est la conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cent quatre-vingt-dix-sept « parties » (pays ou groupes de pays) ont signé cette convention adoptée au sommet de la Terre, à Rio, en 1992.

En 2015, lors de la COP21, les États ont adopté l’accord de Paris sur le climat, entré en vigueur fin 2016. Universel, il établit des règles destinées à maintenir le réchauffement sous la barre des 2 °C et si possible à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Tous les cinq ans, les pays signataires sont tenus de présenter une feuille de route de baisse d’émissions de gaz à effet de serre plus ambitieuse – l’accord de Paris est pensé comme un processus, afin de progresser par étapes et collectivement. Ces feuilles de route sont appelées les « contributions déterminées au niveau national » (NDC).

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