vendredi, août 12, 2022
24 C
Nantes

« Plus de patron, plus de respect » dans le peloton

Les coureurs mettent pied à terre en guise de protestation lors de la 4e étape du Tour de France 2021 entre Redon et Fougères (Ille-et-Vilaine), le 29 juin 2021. Au centre Thomas De Gendt, à sa gauche André Greipel, deux coureurs de « l’ancienne génération ». BENOIT TESSIER / REUTERS

C’est l’un des serpents de mer du cyclisme professionnel. Et la première semaine du Tour de France l’a rappelé : « Jamais le vélo n’a été aussi passionnant à suivre », insiste Vincent Lavenu, le directeur de la formation AG2R-Citroën. Mais la vie dans le peloton n’était-elle pas « mieux avant » ? Evénement emblématique de ce questionnement : le début de la quatrième étape, mardi 29 juin, entre Redon et Fougères (Ille-et-Vilaine), à l’occasion duquel les coureurs ont posé un pied à terre pour dénoncer leurs conditions de course après la série de chutes massives.

Lire aussi : Le peloton gronde après la série de chutes

Car derrière l’image d’un groupe de coureurs unis, il aura en fait fallu l’intervention d’un homme, le sprinteur allemand André Greipel (Israel Start-Up Nation), qui a remonté le peloton peu après le départ réel pour demander à ses camarades de lever pied. Le « gorille de Rostock », 38 ans, a débuté sa carrière professionnelle en 2005 quand le prodige slovène Tadej Pogacar (UAE Emirates) n’avait pas encore 7 ans.

Sur le compte Twitter de son équipe, ce dernier s’est exprimé, se montrant amer : « On s’était mis d’accord avant le départ pour marquer le coup. De temps en temps, il faut prendre des décisions pour tenter d’améliorer les choses. Puis les mecs ne se sont pas arrêtés comme on l’avait pourtant décidé. »

« Jusque-là, André Greipel n’était pas connu pour être un leader naturel. L’âge, les nouvelles pratiques du vélo l’ont sûrement incité à intervenir », s’étonne un journaliste allemand. Comme si les 38 ans de Greipel l’avaient convaincu qu’il était de son devoir de prendre la parole, lui qui longtemps est resté dans l’enfermement de sa propre performance, passant de l’euphorie bavarde à des périodes de silence tantôt ponctuées par des crises de colère contre lui-même.

Un rôle abandonné

Pour le directeur sportif de l’équipe belge Intermarché-Wanty Gobert, Hilaire Van der Schueren, « la question du respect, y compris ses règles internes au peloton, repose sur la présence d’un chef en son sein. Un gars qui dirait “halte là” ou “toi, tu arrêtes tes conneries tout de suite !” Mais il n’y a plus de patron à l’image d’un Jan Raas [rouleur néerlandais des années 1970 et début 1980, à la réputation de roublard] ou d’un Bernard Hinault. »

Or, pour le doyen des directeurs sportifs – 73 ans –, ceux qui pourraient aujourd’hui jouer ce rôle ne l’endossent pas. Ou ne veulent pas l’assumer : « D’où des comportements en course parfois dangereux, voire limites. Les coureurs se portent devant, sous la pression des enjeux, pour faire à tout prix un résultat. »

Il vous reste 58.83% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici